LIVRE XXIX.
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I/ouverturc de la navigation dans les mers septentrionales est uneépoque de contentement; car la lumière reparaît, la chaleur revient,le commerce apporte ses trésors. Les denrées du Nord s’échangentcontre les produits de l’Europe civilisée ou contre de l’argent. Maiscette année le pavillon anglais , instrument ordinaire de ces échanges,n’allait point paraître, ou, s’il paraissait, devait flotter sur les mâts debâtiments de guerre. La marine anglaise, au lieu d’apporter des tré-sors, ne devait montrer que la pointe de ses canons. Il fallait à cespectacle attristant opposer une grande joie nationale, inspirée par desintérêts d’un autre genre, les intérêts de l’ambition russe.
M. de Caulaiucourt, qui rendait exactement à son maître les pen-sées de cette cour ambitieuse, avait tout mandé à Napoléon avec savéracité ordinaire. Mais en exposant les vœux de la Russie il donnaitla certitude que pour le présent elle ôtait pleinement satisfaite, et quepour le reste on pouvait la faire vivre quelque temps d’espérance.
Napoléon, averti successivement de cel te situation à la fin de févrieret au commencement de mars, avait bien prévu tout ce que sa lettreproduirait à Saint-Pétersbourg d’émotions, de projets plus ou moinschimériques, d’espérances plus ou moins exagérées; mais il s’élait ditqu’il y avait dans l’invasion immédiate de la Finlande , et dans l’accep-tation d’une discussion ouverte sur le partage de l’empire turc, de quoialimenter plusieurs mois l’imagination de la nation russe et de sonsouverain, et qu’il pourrait dans cet intervalle donner cours à ses pro-jets sur l’Occident . Il n’est pas vrai, comme on serait disposé à lecroire d’après ce qui précède, qu’il trompât entièrement la Russie , etqu’au fond il ne voulût à aucun prix lui accorder une concession enOrient. Il savait qu’en abandonnant la Moldavie et la Valachie , etmême la Moldavie seulement, il satisferait le czar, et acquitterait sadette envers l'ambition russe, quoi que se permit en Occident l’ambi-tion française Il avait donc celte ressource, dans tous les cas, pourréaliser les espérances qu’il avait fait concevoir à l’empereur Alexandre.Mais s’il allait plus loin, et s’il n’était pas fâché d’occuper de la sortel’imagination si vive de son nouvel allié, c’est que de son côté sa pro-pre imagination plongeait dans cet avenir plus profondément, que cellede scs contemporains. Les Turcs, depuis ia chute de Seiim, parais-sant arrivés au terme de leur existence, Napoléon se demandait s’il nefallait pas en finir de cette ruine toujours menaçante, et, poussé par salutte maritime avec les Anglais , il se demandait eucore si ce n’était