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LIVRE XXIX.
nérée; régénérée, elle pourrait rendre de grands services h la France et àelle-même, aider au renversement de la tyrannie maritime de l’Angle-terre, contribuer à l’affranchissement du commerce de l’Europe , êtreappelée enfin à de belles et vastes destinées. S’interdire tout cela pourun roi imbécile, pour une reine impudique, pour un favori abject,c’était plus qu’on ne pouvait attendre d’une volonté impétueuse quis’élancait vers le but, comme l’aigle sur sa proie, dès qu’elle l’avaitaperçu des hauteurs où elle habitait. Le résultat devait prouver à queldanger on s’expose lorsqu’on veut jouer un de ce* rôles si au-dessusde l’humanité , lorsqu’on veut se tenir pour dispensé de respecter lavie, le bien des hommes, sous prétexte du but vers lequel on marche.
Murat avait exécuté avec une parfaite soumission les ordres de Na-poléon transmis par le ministre de la guerre. Parti sur-le-champ pourBayonne , il était arrivé en cette ville le 2G, comme le lui prescrivaientses instructions. Son départ avait été si brusque, qu’il n’avait avec luini état-major, ni chevaux pour son service personnel. Il n’était suivique des aides de camp qui devaient accompagner un officier de songrade, maréchal, grand-duc et prince impérial tout à la fois. 11 lesavait envoyés en tous sens pour connaître l’emplacement et la situa-tion des corps, se mettre en communication avec eux, et attirer à luila direction des choses. Le mystère que Napoléon avait observé dansses instructions blessait sa vanité ; mais il entrevoyait si bien le but,et le but lui plaisait tellement, qu'il n’en demanda pas davantage, etse mit à l’œuvre afin d’exécuter ponctuellement les volontés de sonmaître.
Bayonne présentait un spectacle de confusion, car il n’existait passur ce point l’immense attirail militaire que quinze ans de guerresavaient permis d’accumuler sur la frontière du Rhin ou des Alpes , etil avait fallu tout y créer à la fois. De plus, les troupes qui arrivaient,composées de conscrits, récemment organisées, manquaient du néces-saire, et de l’expérience qui peut y suppléer. On faisait cuire le biscuit,on fabriquait des souliers et des capotes, on créait les moyens de trans-port dont on était entièrement dépourvu ; car il avait été impossiblede se procurer les cinq cents mulets dont Napoléon avait ordonné l’a-chat, ces précieux animaux ne se trouvant que dans le Poitou. L’argentmême était en arrière, faute de voitures. L’artillerie des divers corpsrejoignait à peine, et le matériel retardé de l’armée de Junot, se croi-sant avec le matériel arrivant des armées d’Espagne , y augmentait