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grands et sérieux inconvénients quant au sort futur des colonies espa-gnoles. Ce devait être pour les Espagnols eux-mêmes un grave sujetde douleur, dès lors de mécontentement et de révolte, et, pour notrecommerce, un dommage proportionné au bénéfice qu’allait faire lecommerce de l’ennemi.
Napoléon, fort instruit de ces intérêts compliqués, imagina unenouvelle combinaison beaucoup plus astucieuses que toutes celles dontnous venons de parler, et ayant pour but de corriger le seul inconvé-nient du plan qu’il avait définitivement adopté. Il y avait à Cadix unebelle division française, capable d’en dominer le port et la rade. Ilrésolut de l’employer à retenir les Bourbons au moment où ils cher-cheraient à s’embarquer, et, après les avoir poussés par la peurd’Aranjucz à Cadix, de les arrêter par la force à Cadix même, avantqu’ils eussent pris sous l’escorte des Anglais la route de la Vcra-Cruz.En conséquence, h la date du 21 février, il expédia pour l’amiralRosily une dépêche chiffrée, portant l’ordre exprès de prendre dans larade de Cadix une position telle qu’on pût intercepter le départ detout bâtiment, et d’arrêter la famille royale fugitive, si elle voulaitimiter la folie, disait la dépêche, de la cour de Lisbonne '.
Assurément, si on jugeait ces actes d’après la morale ordinaire quirend sacrée la propriété d’autrui, il faudrait les flétrira jamais, commeon flétrit ceux du criminel qui a louché au bien qui ne lui appartientpoint; et même en les jugeant d’après des principes différents, on nepeut que leur infliger un blâme sévère. Mais les t rônes sont autre chosequ’une propriété privée. On les ôte ou on les donne par la guerre oula politique, et quelquefois au grand avantage des nations dont on dis-pose ainsi arbitrairement. Seulement il faut prendre garde, en vou-lant jouer le rôle de la Providence, d’y échouer , d’ètre ou odieux oumalheureux en voulant être grand, et de ne pas atteindre les résultatsqui devaient vous'servir d’excuse. Il faut enfin se défier de toute en-treprise si peu avouable qu’on est réduit à y employer la fourberie etle mensonge. Napoléon résonnait sur ce qu’il allait faire comme rai-sonne toujours la politique ambitieuse. Celte nation espagnole , sitière, si généreuse, méritait, se disait-il, un plus noble sort que celuid’ètre asservie à une cour incapable et avilie; elle méritait d’ètre régé-
' On trouvera à la fin do ce volume une note qui expose comment je suis parvenuà découvrir le secret de toutes les machinations restées jusqu ici entièrement in-
connues.