506
LIVRE XXIX.
commence à se prononcer davantage. Il y entra le II,dans la voilurede l'évêque, qui était accouru à sa rencontre avec toutes les autoritésdu pays. La population se pressait aux portes des villes, et faisait augénéral devenu prince, bientôt appelé à devenir roi, une réceptiondes plus brillantes. Les soldats français , bien que très-nombreux euEspagne, plus nombreux que ne le comportait la guerre du Portugal ,n’avaient pas encore donné le moindre sujet de plainte. Si on suppo-sait à leur venue une intention politique, c’était contre la cour, couraussi exécrée que méprisée. On n’avait donc aucune raison de résisterni à la curiosité qu’ils inspiraient, ni aux espérances qu’ils faisaientnaître. Les autorités auxquelles on avait envoyé de Madrid l’ordre depréparer des vivres, afin de prévenir tout mécontentement, les avaientréunis avec assez d’abondance. Murat ayant anuoucé que la consom-mation de l’armée serait payée par la France , les autorités répondirentavec la fierté castillane qu’on recevait les Français en alliés, en amis, etque l’hospitalité espagnole ne se payait pas.
Ainsi dans ce premier moment les choses allaient au mieux. Lesillusions étaient réciproques. Tandis que ces deini-Espagnols accueil-laient si bien nos soldats et leur illustre chef, celui-ci se figurait quetout serait facile en Espagne, que les Français y étaient désirés, qu’unroi de leur nation y serait accepté avec joie, et avec plus de joie en-core si ce roi c’était lui. Frappé de la haine profonde, universelle,qu’inspirait le favori, il reconnut bientôt que c’était un triste appui àse ménager en Espagne que celui d’Emmanuel Godoy, et que, pour yobtenir la faveur populaire, il fallait au contraire donner à croire qu’onvenait le renverser.
De Vittoria, Murat se rendit à Burgos , qui devait être le siège deson quartier-général. Lorsqu’on quitte Vittoria, qu’on passe l’Ebrc àMiranda, limite où se trouvait alors la douane espagnole , et où elleétait placée il n’y a pas longtemps encore, on sort du pays montagneux,varié, riant, toujours frais, de la Suisse pyrénéenne, et on entre dansla véritable Espagne. L’Èbre , qui à Miranda n’est qu’un gros ruisseaucoulant entre des cailloux, l’Èbre passé, on franchit les défilés dePancorbo , espèce de fissure dans une ligne de rochers, qui forment ledernier banc des Pyrénées , et on débouche dans la Castille. Alors com-mencent les plaines immenses, les horizons lointains, les aspects tristeset sévères. Sur le vaste plateau des Caslilles, le ciel est serein et brû-lant en été, brumeux et glacial en hiver, et toujours âpre. Les habi-