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talions sont rares, la culture est uniforme, et n’oflïe aux yeux, saufl’époque où la moisson grandit et mûrit, que de vastes champs dechaume, sur lesquels vivent les troupeaux, maîtres absolus du sol del’Espagne qu’ils traversent deux fois par an, du nord au midi, du midiau nord, comme des oiseaux voyageurs. A ce nouvel aspect de la na-ture physique, se joint en entrant dans les Castilles un autre aspect dela nature morale. L’habitant beau, dans les campagnes surtout, beaumais moins vif et moins alerte que le montagnard basque, grand, bienfait, grave, toujours armé d'un fusil ou d’un poignard, prompt à s’enservir contre un compatriote, plus volontiers contre un étranger, pré-sente, avec exagération, tous les traits, bons ou mauvais, du caractèreespagnol . Il est à la fois plus ignorant, plus sauvage, plus cruel, plusbrave que la bourgeoisie. Celle-ci, dans son instruction imparfaite,semblable «à des Turcs à demi civilisés, a perdu avec sa férocité unepartie de son énergie. Le peuple en Espagne , qui par ses vices et sesvertus a sauvé l’indépendance nationale , offre un trait particulier quile distingue des autres peuples de l’Europe . On trouve chez lui avecdes passions ardentes une sorte d’esprit public, qu’il doit à sa manièrede vivre, à son agglomération dans de gros villages, où il demeurependant tout le temps qu’il ne consacre pas à la terre, à laquelle il endonne peu, se bornant à un simple labour, puis aux semailles et à lamoisson, pour ne rien faire après. Tandis que le paysan français ,belge, anglais , lombard, dispersé sur le sol, occupé de cultures diverseset continuelles, n’est excité ni par le rapprochement, ni par le loisir,à se mêler d’autre chose que de son travail, on voit le paysan espagnol,revêtu d’un manteau, appuyé sur un bâton, réuni à ses pareils sur laplace publique du village, parler du roi, de la reine, des affaires dutemps, avec une étonnante curiosité, ou se livrer à des jeux, à desdanses, â des chants, courir à des combats de taureaux, plaisir san-guinaire dont aucune classe de la nation ne saurait se priver, regarderà peine l’étranger qui passe , ou bien le regarder avec une fierté mé-prisante qui à la moindre prévenance se change tout à coup en un ai-mable abandon. L’Espagnol , à cette époque, était plus que jamaisdisposé à s’occuper de la chose publique avec un redoublement d’ar-deur. Relégué à l’extrémité du continent, il y avait plus d’un sièclequ’il n’avait été sérieusement mêlé aux affaires de l’Europe . Quelquesbatailles navales, quelques opérations en Italie , une guerre d’un mo-ment sur les Pyrénées en 1795, n’avaient pu ni épuiser, ni même sa-