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forts qu’eux, grâce à l’esprit qui les animait, et au savoir militaire quisurabondait dans toutes les parties de l’armée française . Il u’y avait queles cuirassiers, dont la grande stature, l’armure imposante dissimu-laient la jeunesse, et la garde, troupe incomparable, qui inspirassent àla populace des villes espagnoles le respect qu’il eût été nécessaire delui inspirer dès le premier jour. Au surplus, dans ce moment on nesongeait pas encore à résister ; on n’attendait que du bien des Fran-çais , et, sauf quelques collisions accidentelles entre les hommes dupeuple et nos conscrits surpris par le vin des Espagnes, ou excités parla beauté des femmes, la cordialité régnait. Certains Espagnols plusavisés se disaient bien que cette singulière accumulation de troupesdevait présager autre chose que le renversement du prince de la Paix,car dans l’état des esprits il n’aurait fallu qu’un seul mot de Napoléonpour le précipiter du pouvoir. Mais on ne voulait croire, espérer, quela chute du favori ; on ne pensait qua cet unique objet. Un autre bruitd’ailleurs, celui d’une expédition sur Gibraltar , adroitement répandu,complétait l’illusion générale.
A peine Murat était-il entré en Espagne que deux lettres de sonami, le prince de la Paix, étaient venues le trouver, coup sur coup,pour le féliciter, et le questionner tout à la fois. Le désir d’y répondre,qui en toute autre circonstance eût été vif chez l’impétueux Murat,fut facilement surmonté par la crainte de resserrer ses liens avec unpersonnage aussi impopulaire, et par la crainte plus grande encore dedéplaire à Napoléon. Les deux lettres demeurèrent sans réponse. Dureste, les questions du prince de la Paix n’étaient pas les seules aux-quelles fût exposé Murat. Les autorités civiles, militaires, ecclésias-tiques, accourues autour de lui pour le voir et le fêter, provoquaientde mille façons détournées son indiscrétion naturelle. Mais il se conte-nait, d’abord parce qu’il ignorait les projets de Napoléon, et seconde-ment parce que le but général qu’il entrevoyait était si grave, qu’ilaurait suffi de moins d’esprit de conduite qu’il n’en avait pour savoirse taire. Toutefois son dépit de se trouver au milieu de ce tumulte,sans autres instructions que des instructions militaires, était extrême.Aussi, à peine rendu en Espagne , ne manqua-t-il pas d’écrire à Napo-léon tout ce qui en était de la situation des troupes, de leur dénûment,de leurs maladies, du bon accueil des Espagnols , de l’impopularité duprince de la Paix, de l'enthousiasme des Espagnols pour Napoléon, dela facilité de faire en Espagne tout ce qu’on voudrait, mais de la né-