315
désirée. Certains actes venaient, il est vrai, d’inspirer quelques doutessur leurs intenlions ; mais ces actes, les uns expliqués comme de sim-ples précautions militaires, les autres comine des mesures uniquementapplicables au Portugal , passèrent bien vite de la mémoire d’une na-tion exclusivement occupée d’un seul objet, et on se remit à penser àla cour, à souhaiter sa chute, à la demander aux Français .
Du reste, le moment de la catastrophe approchait. Napoléon avaitfait partir de Paris , vers le 25 février, M. Yzquierdo, pour porter l’é-pouvante dans le cœur des souverains de l’Espagne , et M. de Tour-non pour remettre une nouvelle lettre, inquiétante à force d’etre in-signifiante ; car lorsqu’on lui avait demandé une princesse pourFerdinand, il avait éludé en s’informant, si ce prince était rentré engrâce ; et maintenant qu’on ne lui parlait plus de mariage , il deman-dait qu’on lui en parlât. Ces contradictions , sinistrement expli-quées par les rapports de M. Yzquierdo, par la marche des troupesfrançaises, par le silence de Murat, devaient amener à Madrid la criselongtemps attendue.
M. Yzquierdo, arrivé à Madrid du 3 au A mars, fut présenté le 5 àAranjuez à toute la famille royale. Ses rapports furent des plus alar-mants, et remplirent d’effroi tant la famille royale que la société in-time du prince de la Paix, sa mère, ses sœurs, sa confidente made-moiselle Tudo. M. Yzquierdo, après avoir fait connaître l’état de lanégociation entamée avec M de Talleyrand , laquelle aurait dû abou-tir à concéder aux Français les provinces de l’Ebre et l’ouverture descolonies espagnoles, M. Yzquierdo déclara que cette négociation, toutedésolante quelle pouvait paraître, n’était elle-même qu’un véritableleurre ; que Napoléon évidemment voulait autre chose , c’est-à-dire letrône d’Espagne pour un de ses frères. M. Yzquierdo parvint aisémentà convaincre la cour d’Aranjuez , déjà saisie de terreur, et à lui persua-der que, si elle ne prenait pas un parti décisif, elle était perdue.L'arrivée de M. de Tournon et la remise de la lettre dont il étaitporteur n'étaient pas faites pour dissiper les alarmes excitées parM. Yzquierdo. Charles IV , malade , souffrant d’un rhumatisme aubras, reçut M. de Tournon avec une politesse à travers laquelle per-çait un profond chagrin • la reine et le favori le reçurent avec un sou-rire contraint, et cachant mal leur haine furieuse. Charles IV dit d’unton pénétré de douleur qu’il répondrait bientôt à son allié l’empereurNapoléon, et se hâta de terminer une entrevue inutile et pénible. Dès