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LIVRE XXIX.

ce moment, le parti de fuir fut arrêté. C’était pour Cliarler IV un cruelsacrifice que de quitter les trois ou quatre palais situés autour de Ma-drid , entre lesquels il avait l’habitude de partager sa vie, allant del’un à l'autre à chaque changement de saison , comme ces animauxqui changent de climat à la suite du soleil. C’était pour lui une amèreprivation que de renoncer aux chasses du Pardo , au lieu d’attendreNapoléon, et de s’en remettre à sa toute-puissance du sort de la mai-son d’Espagne. Le bon roi Charles IV avait le cœur trop loyal et l’es-prit trop borné pour supposer une seule des combinaisons de Napo-léon, et il inclinait à penser qu’en l’attendant, et en se confiant à lui,tout s’arrangerait pour le mieux. Il est certain que ce naïf abandonde la faiblesse se livrant elle-même aurait étrangement embarrasséNapoléon, et peut-être amené d’autres résultats. Mais le prince de laPaix et la reine, sachant bien que pour eux il n’y avait aucune grâceà espérer, que l’intervention de Napoléon, quelle qu’elle fût, s’exerce-rait au moins contre eux, ne laissèrent pas le choix à Charles IV , etl’entraînèrent à se retirer en Andalousie . Il est probable qu’ils ne luifirent entrevoir que ce premier éloignement, comptant sur les événe-ments pour décider la retraite définitive en Amérique . Leur résolu-tion à cet égard était si ferme, que le prince de la Paix, emporté parson intempérance ordinaire de langage, s’écria qu’il enlèverait plutôtle roi que de consentir à ce qu’il attendit à Aranjuez l’arrivée desFrançais .

Cependant, pour ne pas s’ôter toute ressource du côté de la France ,M. Yzquierdo dut retourner immédiatement à Paris , employer les sup-plications auprès de Napoléon, l’or auprès de ses agents, pour conju-rer le coup qui menaçait la maison d’Espagne , et signer tous les trai-tés qu’on exigerait, quelque déshonorants qu’ils pussent être. Il repartitprécipitamment le 11 mars au matin, afin d’arriver à Paris avantqu’un ordre fatal fût donné. Son trouble était tel que ceux qui le ren-contrèrent, et il y avait beaucoup d’allants et de venants sur la route,en furent vivement frappés.

La résolution de se retirer en Andalousie prise, il fallait y amenerbien des volontés lant à Aranjuez qu a Madrid. Le prince des Asturies,jugeant des intentions de Napoléon par les témoignages d’intérêt qu’ilrecevait de M. de Bcauharnais, ne voyait dans les Français que des li-bérateurs, et ne voulait pas se laisser entraîner loin d’eux, prisonnierde la reine et du prince de la Paix. Il le disait hautement depuis qu’on