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LIVRE XXIX.
stupide des Français , M. de Cevallos, ministre des affaires étrangères,demeura paisible spectateur de ce conflit, et laissa M. de Caballerorésister seul au projet de fuite. Le prince de la Paix n’en tint compte,et donna tous les ordres pour un prochain voyage en Andalousie .Cherchant à cacher l’objet de ce voyage, il parla vaguement d’un pro-jet personnel de visiter les ports, dont la surveillance, depuis qu’ilélait grand amiral, lui appartenait spécialement.
Les transports de valeurs et de mobiliers déjà remarqués, les prépa-ratifs de la cour et surtout de la famille Tudo, ne laissèrent bientôtaucun doute. On se ferait difficilement une idée de l’indignation desEspagnols en apprenant qu’ils allaient être abandonnés par la maisonde Bourbon, comme les Portugais l’avaient été par la maison de Bra-gance. Se souciant peu des avantages qu’une telle résolution pourraitavoir plus tard pour la conservation des colonies, ils se disaient quesi les Français avaient de si mauvaises intentions, on élait ou bieninepte de ne pas les avoir entrevues, ou bien criminel de les avoir fa-vorisées ; qu’il fallait en tout cas leur résister à outrance ; que tous lesEspagnols, ayant le roi et le princes à leur tète, devaient couvrir la«apitalc de leurs corps, et se faire tuer plutôt que d’en permettre l’en-trée, mais que fuir lâchement élait une indignité, une trahison ; quedu reste il y avait dans cette fuite autre chose qu’une précaution deprudence dans l’intérêt de la famille royale, mais tout simplement uncalcul pour prolonger le pouvoir usurpé du favori ; car si on voulaitfuir les Français , c’est qu’on les savait contraires à Emmanuel Godoyet favorables au prince des Asturies. Cette dernière pensée devenuegénérale avait rendu aux Français leur popularité, et on disait que,loin de les fuir ou de les combattre, il fallait aller à eux au contraire,et les accueillir, puisque le prince de la Paix se déliait si fort de leursintentions. L’exaspération de toutes les classes contre la cour était auaomble. La noblesse, la bourgeoisie, le peuple cl l’armée n’avaient àMadrid qu’un même langage, et ce langage était aussi ouvert, aussihardi, aussi immodéré, qu’il peut l’ètre .à la veille des grands événe-ments dans les pays les plus libres. Dans l'année surtout, une troufort maltraitée par le prince de la Paix, qui avait bouleversé son orga-nisation, les gardes du corps manifestaient l'irritation la plus vive, etvoulaient s’opposer même par la force au départ du roi. Parmi les offi-ciers de celte troupe il y en avait plusieurs tout à fait dévoués au princedes Asturies, et en communication fréquente avec lui, recevant meme,assurait-on, scs inspirations et ses ordres.