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Cette bruyante opposition n’avait ébranlé dans leurs projets ni leprince de la Paix ni la reine, et leur inspirait seulement le désir de sesoustraire plus tôt à tant de haine et de périls, en se retirant d’aborden Andalousie, puis, s’il le l'allait, en Amérique . Le prince de la Paixavait donné des ordres en conséquence. Il avait fait rebrousser cheminaux troupes destinées à occuper le Portugal ; car, à la veille de perdrel’Espagne, il s’agissait d’autre chose que des Algarves ou de la Lusi-tanie septentrionale. Le général Taranco avait dù quitter Oporto , re-passer en Galice, et de Galice dans le royaume de Léon. Le généralCaral'a avait dù remonter le Tage, et s’avancer jusqu’à Talavera . Legénéral Solano, marquis del Socorro, avait dù revenir d’Elvas versBadajoz, et se diriger sur Séville . Assurément le prince de la Paixn’avait pas la pensée avec cestforces, qui ne présentaient que des corpsde G, (IU0 à 7,000 hommes chacun, de lutter contre l’armée française.11 les destinait bien plutôt à couvrir la retraite de la famille royale qu’àorganiser une défense désespérée dans le midi de l’Espagne . Plusieursfrégates étaient éventuellement préparées dans le port de Cadix '.
Le prince de la Paix, suivant son usage de passer une semaineauprès de Leurs Majestés, après en avoir passé une à Madrid , étaitrevenu le dimanche 15 mars à Araujuez. Aranjuez se compose d’unemagnifique résidence royale, située au bord du Tage , décorée suivantle style italien , avec de superbes jardins qui rappellent un peu le goûtarabe. Celle résidence, quand on vient de Madrid , est à droite d’unegrande route, large comme l’avenue des Champs-Elysées . Vis-à-vis lepalais, cette route s’arrondit en une vaste place. A gauche se trouventplusieurs belles habitations qui appartenaient aux ministres, à desgrands seigneurs de la cour, et dont l’une notamment était occupéepar le prince de la Paix. Une multitude de petites maisons servant auxmarchands et fournisseurs que la cour et sa nombreuse domesticité
' Les résolutions intérieures du gouvernement espagnol ne sont en général con-nues que par ouï-dire, car il n'y a rien eu d écrit sur ce sujet par aucun hommebien informé. Cependant le marquis de Caballero, questionné plus tard par .'curai,lui remit, sur les événements qui avaient précédé les journées d’Aranjuez , troismémoires fort instructifs, et dont le manuscrit existe à la secrétai rerie d'Etat Ht. deCaballero, racontant les discussions qu’il eut avec le prince de la Paix sur le projetde départ, rapporte tout ce qui se passa en cette occasion, et fournit beaucoup dedétails infiniment eurieux. Il entendit notamment le prince de la Paix affirmer qu’ilvenait de faire préparer à Cadix cinq frégates pour le transport de la faruillo royaleau delà des mers.