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LIVRE XXIX.
qui avait été prononcée le 18, était remontée comme un flot qui s’a-baisse et s’élève tour à tour. Au palais, les officiers des gardes, sentanttoute autorité sur leurs troupes leur échapper, avaient déclaré qu’ilsétaient dans l’impuissance de faire respecter l’autorité royale si elleétait attaquée. Le roi, la reine éperdus avaient fait appeler leur filsFerdinand, pour le sommer de les protéger de sa popularité, et il ve-nait de promettre ses bons offices avec la secrète joie d’un vainqueur,et l’aisance d’un conspirateur assuré des ressorts qu’il doit faire jouer,lorsque tout à coup une rumeur nouvelle et violente prouvra qu’onavait raison de se délier de la journée qui commençait.
Le prince de la Paix, tant cherché, n’avait cependant pas quitté sademeure. Au moment où les portes de son palais avaient été forcées,il avait pris une poignée d’or, une paire de pistolets, puis s’était cachésous les toits, en se roulant lui-même dans une natte, espèce de tapisde jonc dont on se sert en Espagne . Resté dans cette affreuse positionpendant toute la journée du 18, pendant, la nuit du 18 au 19, il n’yavait plus tenu le 19 au matin, et après trente-six heures de ce sup-plice, vaincu par la soif, il était sorti de son asile, et s’était trouvé enprésence d’un soldat des gardes wallonnes qui était en faction. Offrantde l’or à cette sentinelle, et n’osant pas ajouter à son offre la menacede se servir de ses pistolets, il ne réussit qu’à se faire dénoncer, et futlivré à l’instant même. Heureusement pour lui le gros de la populacen’était pas alors autour de son palais. Quelques gardes du corps sur-venus à propos le placèrent au milieu de leurs chevaux, et s’achemi-nèrent le plus vite qu’ils purent vers le quartier qui leur servait decaserne. Il fallait traverser tout Aranjuez , et en un clin d’œil la popu-lace avertie accourut. Le prince marchait à pied, entre deux gardes àcheval, appuyé sur le pommeau de leur selle, et défendu par euxcontre les attaques de la foule. D’autres gardes en avant, en arrière,faisaient leurs efforts pour le protéger, mais ne pouvaient empêcher unpeuple furieux de lui porter, avec des pieux, des fourches, et toutesles armes ramassées à la hâte, des coups dangereux. Les pieds briséspar le fer des chevaux, la cuisse percée d’une large blessure, un œilpresque hors de la tête, il arriva enfin à la caserne des gardes, où ilfut jeté tout sanglant sur la paille des écuries. Triste exemple de lafaveur des rois, quand la fureur populaire vient venger en un jourvingt ans d’une toute-puissance imméritée ! Il n’y avait rien dans l’his-toire de plus lamentable que le spectacle que présentait en ce moment