Band 
[7. - 8.]
Seite
325
JPEG-Download
 

ARANJUEZ .

525

solues, on en était venu à respecter l’opinion publique : déplorable fa-vori à d’autres titres encore que celui du scandale; car, excepté l'effu-sion du sang, il avait attiré sur l’Espagne tous les maux à la fois, lahonte, la désorganisation, la ruine, et en dernier lieu les soulèvementspopulaires. Eu apprenant la dégradation d’Emmanuel Godoy, le peu-ple qui encombrait Aranjuez , et qui secomposait de plusieurs peuples,venus non-seulement d’Aranjuez , mais de Madrid, de Tolède, descampagnes de la Manche, se livra à une joie furieuse, comme s’il avaitdù être le lendemain le peuple le plus heureux de la terre. Ce furentpartout des chants, des danses, des feux; on s’embrassait dans lesrues en se félicitant de cette chute, qui satisfaisait un sentiment plusvif encore que celui de l’intérêt, celui de la haine pour une fortuue in-solente qui avait offensé toute l’Espagne . La nouvelle, portée en deuxou trois heures à Madrid , y produisit un véritable délire.

Dès que ce mouvement populaire fut connu, l’ambassadeur deFrance , qui était dépourvu d’esprit, mais non de courage, accourutauprès du roi pour le couvrir de son corps, s’il avait été en danger.Tout s’étant terminé par la chute du favori, dont il était devenu l’en-nemie à force de s’intéresser au prince des Asturies, il parut presquetriomphant avec ce dernier. Il dit à Charles IV que les troupes fran-çaises dont l’arrivée était prochaine (elles passaient en ce moment leGuadarrama pour descendre sur Madrid) seraient à ses ordres contretous ses ennemis du dedans et du dehors, et qu’il croyait, eu donnantcette assurance, obéir aux instructions de son auguste maître, qui nelaisserait jamais invoquer son amitié en vain. Charles IV remerciaM. de Deauharnais, et lui témoigna qu’il serait heureux à l’avenir detraiter les affaires avec l’ambassadeur de France , et sans aucun inter-médiaire. Infortuné roi ! la destinée ne lui réservait pas un si lourdfardeau !

La journée du 18 fut calme. Cependant la multitude agitée avaitbesoin de nouvelles émotions. Il lui fallait autre chose qu’un palais àdétruire. Elle aurait voulu avoir pour le déchirer le corps d’EmmanuelGodoy. On le cherchait partout, et la reine tremblait à chaque minuted’apprendre la découverte de son asile et sa mort. Tous les ministrespassèrent la nuit au château auprès des deux souverains, dont le som-meil ne vint pas un instant fermer le yeux.

Le 19 au matin, l’agitation populaire, calmée une première fois parla proclamation du IG, une seconde fois par la déposition du favori

n.