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LIVRE XXIX.
sceptre entre les mains de Ferdinand serait peut-être un moyen deconjurer cet orage naissant, de sauver leur vie et celle de leur mal-heureux ami. Ils le dirent à tous ceux qui les entouraient, à MM. deGaballero, de Cevallos, au duc de Castcl-Franco, chef des troupesréunies dans la résidence royale, à diverses personnes de la cour enfin;et quand ils faisaient cette proposition, tous les assistants leur témoi-gnaient, par un silence triste et approbateur que ce serait là certai-nement la solution la plus simple , la plus sûre, la plus applaudie, laplus capable de terminer dès sa naissance une révolution aussieffrayante à ses débuts que celle qui avait fait tomber la tète deLouis XVI. Après quelques instants de ces vagues pourparlers, decette consultation de gens éperdus , Charles IV dit qu’il voulait abdi-quer ; son ambitieuse femme lui répondit qu’il avait raison, et, sansqu’il se présentât un seul contradicteur, lcursminislres s’offrirent pourrédiger l’acte d’abdication.
Cet acte fut rédigé à l'instant même, et publié immédiatement aumilieu d’une joie sans égale. Charles IV y déclarait que, fatigué dessoucis du tronc, courbé sous le poids de l’âge et des infirmités, il ré-signait à son fils Ferdinand la couronne qu’il avait portée vingt an-nées.
La nouvelle de cette abdication causa dans Aranjuez une sorte d’i-vresse. Le peuple vint en foule saluer le jeune roi que depuis si long-temps appelaient tous ses vœux, et le combla de mille bénédictions.La cour, devançant le peuple, avait abandonné les vieux souverains,comme on abandonne leurs cadavres quand ils sont morts. Ils furentlaissés seuls, un peu rassurés, mais tout abattus de leur chute, et oncourut autour de Ferdinand pour bien exprimer à ce nouveau maîtreque c'était lui, lui seul, qu’on avait dans le cœur depuis des années enbaissant la tête devant sa mère et le favori. Ferdinand, que la natureavait fait pour la dissimulation, et que les malheurs de sa jeunesseavaient encore perfectionné dans cet art odieux, paru content de toutle monde, et l’était assez de la fortune pour le paraître des hom-mes. Il conserva provisoirement les ministres de son père, ne pou-vant en changer à l’instant même, et, pour première commission, leurdonna l’ordre de faire venir le duc de l'Infanlado, exilé à soixante lieuesde Madrid , et le chanoine Escoïquiz, enfermé au couvent du Tardon.Il nomma tout de suite le duc de l’Infantado capitaine de ses gardeset président du conseil de Castille. Ainsi une faveur expulsée, une