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Le lendemain 2i, en effet, parti d’Aranjuez de bonne heure, Ferdi-nand descendit de voiture à l’une des portes de la ville, celle d’Alocha,monta à cheval, entouré des officiers de sa cour, traversa la belle pro-menade du Prado, et pénétra par la large rue d’Alcaladans l’intérieurde Madrid, au milieu d’une foule immense, qui, après avoir longtempsdésiré la fin du dernier règne et le commencement du nouveau, voyaitenfin ses espérances réalisées, et cherchait en quelque sorte à s’étour-dir à force de cris sur les dangers qui menaçaient l’Espagne . Toute lapopulation, ivre de joie, était aux fenêtres ou dans les rues. Les fem-mes jetaient des fleurs du haut des maisons. Les hommes, se précipi-tant au-devant du jeune roi, étendaient leurs manteaux sous les piedsde son cheval. D’autres, brandissant leurs poignards, juraient de mou-rir pour lui, car le danger se faisait confusément sentir à ces âmesardentes. Ce prince, fourbe, haineux, si peu digne d’ètre aimé, étaiten ce moment entouré d'autant d’amour que Titus en obtint des Ro-maius , et Henri IV des Français. Il faisait les délices de l’Espagne ,qui ne se doutait guère de son avenir, à lui et à elle!
Ferdinand VII , parvenu au palais, y reçut les autorités publiques.Dans la journée , le curps diplomatique vint lui rendre hommage,comme au roi incontesté, quoique non reconnu, de toutes lesEspagnes.M. de Bcauharnais, retenu par Mural , n’y parut point; son absencealarma beaucoup la nouvelle cour , et embarrassa les membres eux-mêmes du corps diplomatique , qui avaient cédé à leurs secrets senti-ments en adhérant si vite à la royauté des Bourbons. Les ministres descours faibles et dépendantes s’excusèrent. Le ministre de Russie s’ex-cusa aussi , mais moins humblement; il allégua les usages diploma-tiques qui sont invariables , et en vertu desquels on salue tout nou-veau roi, sans préjuger la question de sa reconnaissance définitive.
Mural accueillit avec un mécontentement peu dissimulé ces expli-cations d’une conduite qui lui avait déplu , parce que déjà il regardaitFerdinand comme un rival à la couronne d’Espagne , et quand on vintlui proposer à lui-mème d’aller le visiter , il s’y refusa nettement, endéclarant que pour lui Charles IV était toujours roi d’Espagne , et Fer-dinand prince des Asturies, jusqu’à ce que Napoléon eut prononcé surce grand et triste conflit. Le 21 au soir, comme nous l’avons dit, ilavait écrit d’El-Molar à Napoléon tout ce qui s’était passé ; il lui avaitcommuniqué son plan, consistant à faire protester Charles IV et à ne pasreconnaître Ferdinand VII, pour que l’Espagne se trouvât entre un roiVIII. 13