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turc humaine, el qu’on se hâte d’appeler des inconséquences, lorsqu’onles rencontre chez des hommes d’une supériorité moins reconnue quecelui dont nous écrivons ici l’histoire. Bien qu’une sorte de penchantfatal l’entraînât vers l’usurpation de la couronne d’Espagne , il ne sedissimulait aucun des inconvénients attachés à cette déplorable entre-prise. Il pressentait le blâme de la conscience publique, l’indignationdes Espagnols, leur résistance opiniâtre , le parti avantageux que l’An-gle ! erre pourrait tirer de cette résistance; il pressentait tous ces incon-vénients avec une étonnante clairvoyance; et néanmoins, aveuglé, nonsur les difficultés, mais sur son immense force pour les vaincre, en-traîné par la passion de fonder un ordre nouveau en Europe , il mar-chait à sou but, troublé toutefois de temps en temps par l’apparitionsubite et passagère des plus sinistres images. Un incident, mal comprisjusqu’aujourd’hui, fit naître tout à coup chez lui l’un de ces retoursaccidentels, et le porta un instant à donner des ordres tout contrairesà ceux qu’il avait expédiés antérieurement, ordres que certains histo-riens mal informés ont présentés comme la preuve que Napoléon dansl’affaire d’Espagne n’avait pas voulu ce qui s’était fait, et qu’il avait étéengagé plus vite, plus loin qu’il n’aurait souhaité, par l’imprudenteambition de Murat.
Parmi les agents de Napoléon voyageant en Espagne , s’en trouvaitun dans lequel il avait une juste confiance : c’était son chambellan deTournon , esprit froid, peu enclin aux illusions, et assez dévoué pourdire la vérité. C’était l’un de ces hommes que Napoléon envoyait volon-tiers remplir une mission indifférente en apparence, comme de remet-tre une lettre de félicitations ou de condoléance, parce que cheminfaisant il observait beaucoup, observait bien, et rapportait fidèlementce qu’il avait observé. M. de Tournon , depuis les six derniers mois,avait fait plusieurs voyages en Espagne pour porter à Charles IV deslettres de Napoléon. Il avait jugé la Péninsule et ce qui allait s’y passeravec une sagacité que les événements n’ont que trop justifiée. Ainsi,par exemple, il avait parfaitement discerné que la vieille cour était auterme de sa domination; qu’une nouvelle cour se préparait, adorée déjàdes Espagnols ; qu’il fallait chercher à se l’attacher par le besoin quelleaurait de la protection française, se bien garder de prendre lacouronne d’Espagne par force ou par ruse, car on trouverait dansun peuple fanatique une résistance désespérée, et que les avantagesqu’on pourrait recueillir d’une telle conquête ne vaudraient pas