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LITRE XXX.
les efforts qu’il en coûterait pour l'accomplir. M. de Tournon avaittrès-distinctement aperçu tant cela, et n’avait pas craint de le diredans ses nombreux voyages, tant en présence de Murat que deses officiers, tous épris d’entreprises avanlureuses, méprisant profon -dément la populace espagnole, et ne croyant pas qu’elle put nousrésister quand les meilleurs soldats de l’Europe avaient fléchi de-vant nous. M. de Tournon , après avoir vu pendant son dernier séjourà Madrid les préludes delà révolution d’Aranjuez et l’enthousiasme dupeuple pour le jeune roi, était demeuré convaincu qu’il y aurait folieà vouloir s’emparer de l’Espagne , soit par des moyens détournés, soitpar des moyens ouverts, et qu’il valait cent fois mieux faire de Ferdi-nand VII un allié, qui serait plus soumis encore que Charles IV , parceque le prince de la Paix cl la vieille reine ne seraient plus à scs côtéspour apporter à sa soumission l’intermittence de leurs caprices ou deleurs rancunes. Napoléon avait ordonné à M. de Tournon d èire le15 mars à Burgos , se proposant d’y arriver lui-même à la même épo-que, et voulant recueillir de la bouche d’un homme sur le détail detout ce qui se serait passé. M. de Tournon traversa donc pour aller àBurgos le quartier général de Murat, ne dissimula ni à lui ni à sesofficiers l’effroi que lui inspirait l’entreprise dans laquelle on s’enga-geait, s’exposa à toutes leurs railleries (Murat en particulier ne s’en litfaute), et se rendit à Burgos le 15, comme il en avait l’ordre. De Bur-gos il écrivit à Napoléon pour le supplier humblement, mais avec l’in-sistance d’un honnête homme, de ne prendre encore aucun parti défi-nitif avant d’avoir vu l’Espagne de ses propres yeux, surtout de ne pointse décider d’après ce que lui manderaient des militaires braves maisétourdis, ne rêvant que batailles et couronnes ; qu’on éprouverait enEspagne de cruels mécomptes, et peut-être d’affreux malheurs. Il atten-dit à Burgos jusqu’au 24 ; et, ne voyant point arriver Napoléon , ilpartit pour Paris , où il ne put être rendu que le 29, en se hâtant leplus possible, vu l’état des routes et des relais, ruinés alors par l’exces-sif usage qu’on venait d’en faire.
Murat n’ayant point écrit le 22 et le 23 , occupé qu’il avait été deson entrée à Madrid , Napoléon se trouva le 28 et le 29 sans nouvelles.Il fut fort inquiet de ce qui avait pu survenir en Espagne , et dans cetétat d’extrême inquiétude il fut porté un instant, à voir les choses parleur côté le moins favorable. L’arrivée imprévue d’un témoin oculaire,sage, bien informé , contredisant avec conviction et désintéressement