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LIVUE XXX.

depuis le 19 mars (on était au 7 ou au 8 avril) dans l’abandon, presquele dénùmeut, sans daigner le voir une seule lois. Il désirait oblcuir delui une lettre pour Napoléon, afin de lier en quelque sorte son vieuxpère par un témoignage de bienveillance donné en sa faveur. MaisCharles IV reçut fort mal ce mauvais fils. La reine le reçut plus malencore, et on lui refusa tout témoignage dont il put s’armer pourétablir sa bonne conduite dans les événements d’Aranjucz.

Quoique un peu déconcerté par ce refus, il fit néanmoins scs pré-paratifs pour partir le 10 avril. Il laissa une régence composée de sononcle, l’infant don Antonio , du ministre de la guerre O’Farrill, duministre des finances d’Azanza, du ministre de la justice don Sébastiende Pinuela, avec mission de donner en son absence les ordres urgents,d’en référer à lui pour les affaires qui n’exigeraient pas une décisionimmédiate, et de se concerter en toute chose avec le conseil de Castille.Ferdinand emmenait avec lui ses deux confidents les plus intimes, leduc de l’Infantado et le chanoine Escoïquiz , le ministre d’Etat Cevallos,et deux négociateurs expérimentés, MM. de Musquiz et de Labrador.Il était en outre accompagné du duc de San-Carlos et des grands sei-gneurs formant sa nouvelle maison. M. de Cevallos était chargé decorrespondre avec la régence laissée à Madrid .

Toutefois, ce ne fut pas chose facile que de faire agréer cette réso-lution au peuple de Madrid. Les uns, par un orgueil tout espagnol ,pensaient que c’était asst-z que d’avoir envoyé au-devant de Napoléonun frère du roi, l’infant don Carlos, et ils croyaient de bonne foi quele souverain de l’Espagne dégénérée valait au moins l’empereur desFrançais, vainqueur du continent et dominateur de l’Europe . Lesautres, et c’était le plus grand nombre, commençant à entrevoir lemotif qui avait amené tant de Français dans la Péninsule, à interpréterd'une manière sinistre le refus de reconnaître Ferdinand VII , regar-daient comme une insigne duperie d’aller au-devant de Napoléon , carc'était se remettre soi-mème dans ses puissantes mains. Ils étaient loinde supposer qu’on pût pousser l'ineptie jusqu’à se rendre à Bayonne sur le territoire français , mais ils jugeaient que, plus on se rapprochaitdes Pyrénées , plus on se mettait à portée de Napoléon et de scs armées.11 y eut à la nouvelle de ce voyage une émotion inexprimable dansMadrid, cl il se serait élevé un tumulte si une proclamation de Fer-dinand VII n’était, venue apaiser les esprits, en disant que Napoléonse rendait de sa personne à Madrid pour y nouer les liens d’une uou-