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LIVRK XXX.

Bayonne . Alors tous les Bourbons, jeunes ou vieux, populaires ou im-populaires, seraient à la disposition de Napoléon, et le tronc d’Espagne se trouverait véritablement vacant.

Ce que Murat avait prévu ne manqua pas en effet d’arriver. A peinele départ de Ferdinand VII fut-il connu, que les vieux souverains vou-lurent aussi être du voyage. Il leur avait été impossible depuis le17 mars de se rassurer un seul instant. L’Espagne leur était devenueodieuse. Ils parlaient sans cesse delà quitter, et d’aller habiter ne fût-cequ’une simple ferme en France , pays que leur puis s anl ami Napoléonavait rendu si calme, si paisible et si stïr. Mais ce fut bien autre chosequand ils apprirent que Ferdinand VII allait s’aboucher avec Napo-léon. Quoiqu’ils n’eussent ni une grande espérance ni une grande am-bition de ressaisir le sceptre, ils furent pleins de dépit à l’idce queFerdinand aurait gain de cause auprès de l’arbitre de leurs destinées;que, roi reconnu et consolidé par la reconnaissance de la France , ildeviendrait leur maître, celui de l’infortuné Godoy, et qu'il pourraitdécider de leur sort et de celui de toutes leurs créatures. Ne se conte-nant plus à cette idée, ils conçurent le désir ardent d’aller eux-mêmesplaider leur cause contre un fils dénaturé devant le souverain tout-puissant qui s’approchait des Pyrénées. La reine d Étrurie , qui haïssaitson frère Ferdinand dont elle était haïe, avait, elle aussi, à défendreles droits de son jeune fils, devenu roi de la Lusitanie septentrionale.Elle craignait que ces droits ne périssent au milieu du bouleversementgénéral de la Péninsule, et elle voulait aller avec son père et sa mèrese jeter dans les bras de Napoléon afin d’en obtenir justice et protec-tion. Elle contribua pour sa part à rendre plus vif le désir de ses vieuxparents, et à les précipiter sur la route de Bayonne . Ainsi ces malheu-reux Bourbons étaient saisis d’une sorte d’émulation pour se livrer eux-mêmes au conquérant redoutable, qui les attirait comme on dit que leserpent attire les oiseaux dominés par une attraction irrésistible etmystérieuse.

Sur-le-champ ce désir fut transmis à Mural, qui en accueillit l’ex-pression avec une indicible joie. S’il n’eùt obéi qu’à son premier mou-vement, il aurait mis en voiture la vieille cour pour la faire partir im-médiatement à la suite de la jeune. Mais il craignait de donner tropd'ombrages en faisant partir tous les membres de la famille à la fois,de provoquer dans l’esprit de Ferdinand cl de scs conseillers des ré-flexions qui les détourneraient peut-être de leur voyage, et surtout de