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BAYONNE .

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prendre une pareille détermination sans avoir l’agrément de l’Empe-reur. Il se borna donc à lui mander sur l’heure cette nouvelle impor-tante, ne doutant pas de la réponse, et voyant avec bonheur tous lesprinces qui avaient droit à la couronne d’Espagne courir d’eux-mêmesvers le gouffre ouvert à Bayonne . Il en conçut des espérances folles, etse persuada que tout serait possible en Espagne avec la force mêléed’un peu d’adresse.

Pendant ce temps, Ferdinand VII et sa cour se dirigeaient versBurgos avec la lenteur ordinaire à ces princes fainéants de l’Espagne dégénérée. D’ailleurs les hommages empressés des populations ne con-tribuaient pas peu à ralentir leur marche. Partout on brisait en cemoment les bustes d’Emmanuel Godoy, et on promenait couronné defleurs celui de Ferdinand VII . Les villes que ce prince traversaitlui pardonnaient un voyage qui leur procurait la joie de le voir, mais,pénétrées de crainte sur son sort, juraient de se dévouer pour lui s’ilen avait b-soin. Elles rendaient ces témoignages plus expressifs quandles Français pouvaient les remarquer, comme si elles avaient voulu lesavertir et de leur défiance et du dévouement quelles étaient prêtes àdéployer.

Arrivés à Burgos, Ferdinand VII et ses compagnons de voyageéprouvèrent une surprise qui fit naître chez eux un commencementde regret. Le général Savary leur avait toujours dit qu’il s’agissait uni-quement d’aller à la rencontre de Napoléon, qu'on le trouverait sur laroute de la Vieille-Castille, peut être même à Burgos . Le désir ardentd’étre les premiers à le voir, de prévenir auprès de lui les vieux sou-verains, leur avait ôté toute clairvoyance, jusqu’à ne pas apercevoir unpiège aussi grossier. Mais, en approchant des Pyrénées , en s’enfonçantau milieu des armées françaises , une sorte de frémissement les avaitsaisis, et ils étaient presque tentés de s’arrêter, d’autant plus qu’onn’entendait rien dire ni de Napoléon, ni de sa prochaine arrivée (ilétait alors à Bordeaux ). Le général Savary, qui ne les quittai', pas, sur-vint à l’instant, raffermit leur confiance chancelante, leur affirma qu’ilsallaient enfin rencontrer Napoléon; que plus ils feraient de cheminvers lui, plus ils le disposeraient en leur faveur, et que d’ailleurs ilsseraient ainsi rassurés deux jours plus tôt sur le sort qui les attendait.C’est un moyen sur d’entraîner les cœurs agités que de leur pro-mettre un plus prompt éclaircissement du doute qui les agite. On sedécida donc à se rendre à Vittoria. On y arriva le 15 avril au soir.