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avaient appris dans les diverses cours de l’Europe à se former quelquesidées justes de la politique générale, donnèrent des marques d’assen-timent ; mais on ne tint pas compte de leur avis. Les conseillers encrédit étaient le médiocre et versatile Cevallos , cachant la duplicitésous la violence, ne pardonnant pas à M. d’Urquijo les torts qu’il avaiteus autrefois à l’égard de cet homme éminent, car il avait été l’instru-ment subalterne de sa disgrâce, et peu disposé par conséquent h ac-cueillir ses idées ; puis les deux confidents intimes du prince, le duc del’Infanlado et le chanoine Escoïquiz, aimant l'un et l’autre à rêver unheureux règne sous leur bienfaisante influence, et repoussant tout cequi contrariait ce rêve de leur vanité. Ni les uns ni les autres ne vou-laient admettre qu’ils eussent commencé et déjà poussé fort avant laplus fatale des imprudences. Il leur en coulait aussi de croire qu’ilsétaient à l’origine d’une longue suite d’infortunes, au lieu d’être àl’origine d’une longue suite de prospérités. Aussi repoussèrent-ils lessinistres prophéties de M. d’Urquijo comme les vues d’un esprit mo-rose, aigri par la disgrâce. « Quoi donc ! s’écria le duc de l’Infantadoavec la plus étrange assurance , quoi ! un héros entouré de tant degloire descendrait à la plus basse des perfidies ! — Vous ne connaissezpas les héros, répondit avec amertume et dédain M. d’Urquijo, vousn'avez pas lu Plutarque ! Lisez-le, et vous verrez que les plus grandsde tous ont élevé leur grandeur sur des monceaux de cadavres.Les fondateurs de dynasties surtout n’ont le plus souvent édifié leurouvrage que sur la perfidie , la violence, le larcin ! Notre Charles-Quint, que n’a-t-il pas lait en Allemagne , en Italie, même en Es-pagne ? Et je ne remonte pas aux plus mauvais de vos princes !La postérité ne tient compte que du résultat. Si les auteurs detant d’actes coupables, ont fondé de grands empires , rendu lespeuples puissants et heureux, elle ne se soucie guère des princes qu’ilsont dépouillés, des armées qu’ils ont sacrifiées. » Le duc de l’Infan-tado, le chanoine Esquoïquiz, insistant sur la réprobation à laquelles’exposerait Napoléon en usurpant la couronne, sur le soulèvementqu’il produirait soit en Espagne, soit en Europe , sur la guerre éternellequ’il s’attirerait, M. d’Urquijo leur répondit que l’Europe jusqu’icin’avait su que se faire battre par les Français ; que les coalitions, malconduites, travaillées de divisions intestines, n’avaient aucune chancede succès; qu’une seule puissance, l’Autriche , était encore en mesurede livrer une bataille; mais que même avec l’appui de l’Angleterre elle