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LIVRE XXX.
ce moment la couronne d'Espagne . On fut charmé de le lui vendrepour une centaine de mille francs. On le décora fort à la hâte avec lesressources qu’offrait le pays. Le jardin fut changé en un camp pourles troupes de la garde impériale. Napoléon alla s’y établir le 17, etlaissa libres les appartements qu’il occupait à Bayonne , afin deloger la famille royale d’Espagne , qu’on espérait bientôt y réunir toutentière.
Le général Savary, parti en tout hâte pour Vittoria, y trouva Fer -dinand entouré non seulement des conseillers qui l’avaient suivi, maisde beaucoup de personnages importants accourus pour lui offrir leursservices et leurs hommages. Parmi ces derniers il y en avait un fortconsidérable, : c’était l’ancien premier ministre d’Urquijo, disgracié sibrutalement en 1802, lorsque l’influence du prince de la Paix avaitdéfinitivement prévalu, et retiré depuis dans la Biscaye , sa patrie.Esprit ferme, pénétrant, mais chagrin, M. d’Urquijo tint à Ferdinand,devant scs autres conseillers, le langage d'un homme d’Etat sage etexpérimenté. 11 dit à lui et à eux que rien n’était plus imprudent quele voyage du prince, si on le poussait au delà des frontières; que, sousle rapport des égards, on avait fait tout ce que pouvait désirer le plusgrand, le plus illustre des souverains, en venant le recevoir aux extré-mités du royaume; qu’aller au delà c’était manquer à la dignité de lacouronne espagnole, et commettre surtout un acte d’insigne duperie ;que si on avait lu avec attention lo récit de la révolution d’Aranjuez ,inséré dans le journal officiel de l’Empire (le Moniteur ), on y aurait vupercer l’intention de discréditer le nouveau roi, de lui contester sontitre, d’inspirer de l’intérêt pour le vieux souverain, ce qui décelait leparti pris de repousser l'un comme usurpateur, l’autre comme inca-pable de régner ; que si on avait bien observé depuis quelque temps lapolitique de Napoléon à l’égard de l’Espagne , on y aurait découvert leprojet de se débarrasser de la maison de Bourbon , et de faire rentrerla Péninsule dans le système de l’empire français ; que l’indifférenceaffectée pour la proclamation du prince de la Paix, accompagnée dusoin de disperser les flottes et les armées espagnoles en appelant lesunes dans les ports de France, les autres dans le Nord , révélait jusqu’àl’évidence le projet de se venger à la première occasion, et que laréunion de tant de forces au Midi, après la conclusion des affaires duNord , ne pouvait plus laisser de doute sur un tel sujet.
A ces réflexions fort sages, MM. de Musquiz et de Labrador, qui