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Bayonne . 371

de son arrivée. 11 fut conduit daus une résidence fort différente des ma-gnifiques palais de la royauté espagnole , mais la seule dont on pûtdisposer dans la ville. A peine était il descendu de voiture, que Napo-léon , accouru à cheval du château de Marac, lui fit la première visite.L’empereur des Français embrassa le prince espagnol avec tous les de-hors de la plus grande courtoisie, l’appelant toujours du titre de princedes Asturies, ce qui n’était que la continuation d’un traitement con-venu, et le quitta après quelques minutes, sous prétexte de lui laisserle temps de se reposer, et sans lui avoir rien dit qui put donner lieu àune interprétation quelconque. Une heure après, des chambellansvinrent engager le prince et sa suite à diner au château de Marac.Ferdinand s’y rendit en effet à la fin du jour, suivi de sa petite cour,et fut reçu de la même façon, c’est-à-dire avec une politesse recher-chée, mais avec une extrême réserve quant à ce qui touchait à lapolitique. Après le diner, l’Empereur s’entretint d’une manière géné-rale avec Ferdinand et ses conseillers, et eut bientôt démêlé sous l’im-mobilité de visage habituelle au jeune roi, sous le silence qu’il gardaitordinairement, une médiocrité qui n’était pas exempte de fourberie ;à travers les discours plus abondants du précepteur Escoïquiz , un es-prit cultivé, mais étranger à la politique ; enfin, sous la gravité du ducd’Iufautado, un honnête homme, se respectant beaucoup plus qu’ilne fallait, car une grande ambition sans talent formait tout son mérite.Napoléon , après avoir aperçu d’un coup d'œul à quelles gens il avaitaffaire, les congédia tous, sous le prétexte des fatigues de leur voyage,mais retint le chanoine Escoïquiz eu exprimant le désir, qui était unordre, d’avoir un entretien avec lui. Il laissa au général Savary le soind’aller dire au prince des Asturies tout ce qu’il allait dire lui-mêmeau précepteur, avec lequel il préférait s’aboucher, parce qu’il lui sup-posait plus d’esprit.

Son secret lui pesait doublement, car il y avait longtemps qu’il legardait, et ce secret était une perfidie, genre de forfait étranger à soucœur. 11 avait besoin de s’ouvrir avec le moins ignare des conseillersde Ferdinand, de s’excuser en quelque sorte par la franchise qu’il ap-porterait dans l’exposé de ses desseins, et par l’aveu pur et simple desmotifs de haute politique qui le faisaient agir. Il commença d’abordpar flatter le chanoine, et par lui dire qu’il le savait homme d’esprit,et qu’avec lui il pouvait parler franchement. Puis, sans autre préam-bule, et comme pressé de se décharger le cœur, il lui déclara qu’il avait