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place où étaient, les voitures, mais à une certaine distance des rassem-blements, le sabre au poing, dans une immobilité menaçante. Les con-seillers de Ferdinand, craignant qu’une collision ne nuisît à leur cause,envoyèrent le duc de l’Infantado dans la rue pour parler au peuple.Le duc, qui jouissait d’une grande considération, se jeta au milieu dela foule, réussit à la calmer, en invoquant le respect dû aux volontésloyales, et affirma que si on allait à Bayonne , c’est qu’on avait la cer-titude d’en revenir sous quelques jours avec la reconnaissance de Fer-dinand et un renouvellement de l’alliance française. Le peuple s’apaisapar respect plus que par conviction. Les mules furent attelées de nou-veau sans obstacle, et Ferdinand VII monta en voilure en saluant lafoule, qui lui rendit son salut par des acclamations à travers lesquellesperçaient quelques cris de colère et de pitié. Les superbes escadronsde la garde impériale, s’ébranlant au galop, entourèrent aussitôt lesvoilures royales, comme pour rendre hommage à celui qu’elles emme-naient prisonnier. Ainsi partit ce prince inepte, trompé par ses propresdésirs encore plus que par l’habileté de son adversaire, trompé commes’il avait été le plus naïf, le plus loyal des princes de son temps, tandisqu’il était l’un des plus dissimulés et des moins sincères. Le peupleespagnol le vit partir avec douleur, avec mépris, se disant qu’au lieude son roi il verrait bientôt l’étranger appuyé sur des armées formi-dables.
Ferdinand VII coucha dans la petite ville d’Irun , avec le projet depasser la frontière française le lendemain. Le 20 au malin, il traversaen effet la Bidassoa , fut fort surpris de ne trouver pour le recevoir queles trois grands d’Espagne revenus de leur mission auprès de Napo-léon, et n’apportant après l’avoir vu que les plus tristes pressentiments.Mais il n’était plus temps de revenir sur scs pas; le pont de la Bidassoa était franchi, et il fallait s’enfoncer dans l'abîme qu’on n’avait pas suapercevoir avant d’y être englouti. En approchant de Bayonne , leprince rencontra les maréchaux Duroc et Berthier envoyés pour lecomplimenter, mais ne le qualifiant que du titre de prince des Astu-ries. Il n’y avait là rien de très-inquiétant encore, car Napoléon avaitpris pour thème de sa politique de ne reconnaître ce qui s’était passéà Aranjuez qu’après explication. On pouvait donc attendre quelquesheures de plus avant de s’alarmer.
Parvenu à Bayonne , Ferdinand y trouva quelques troupes sous lesarmes, et une population peu nombreuse, car personne n’était averti