talent de disserter, et il en usa avec Napoléon , qui voulut en l’écou-tant le dédommager de ses peines.
L'infortuné précepteur s’attacha à justifier la famille deBourbon au-près du chef de la famille Bonaparte . Il lui rappela qu’au moment desplus grandes horreurs de la révolution française, la cour d’Espagne n’a-vait déclaré la guerre qu’après la mort de Louis XVI ; qu’elle avaitmême saisi la première occasion de revenir au système de paix, et dusystème de paix à celui de l’alliance entre les deux États; que depuiselle avait prodigué à la France ses flottes, ses armées, ses trésors ; quesi elle n’avait pas mieux servi,c’était non pas défaut de bonne volonté,mais défaut de savoir ; qu’il ne fallait s’en prendre qu’au prince de laPaix, que lui seul était l’auteur de tous les maux de l'Espagne et lacause de son impuissance comme alliée; que du reste ce détestable fa-vori était pour jamais éloigné du trône, que sous un jeune prince dé-voué à Napoléon , attaché à lui par les liens de la reconnaissance, parceux de la parenté, dirigé par ses conseils, l’Espagne , bientôt régéné-rée, reprendrait le rang qu’elle aurait toujours dû conserver, rendraità la France tous les services que celle-ci pouvait en attendre, sans qu’illui en coûtât, aucun effort, aucun sacrifice ; que, dans le cas contraire,on rencontrerait de la part de l’Espagne une résistance désespérée,secondée par les Anglais, et peut-être par une partie de l’Europe ; onperdrait les colonies , ce qui serait un malheur aussi grand pour laFrance que pour l’Espagne , et on imprimerait enfin une tache à lagloire si éclatante du règne. « 31auvaise politique que la vôtre, mon-sieur le chanoine! mauvaise politique! répliqua Napoléon avec unsourire bienveillant , mais ironique. Vous ne manqueriez pas, avecvotre savoir, de me condamner si je laissais échapper l’occasion uniqueque m’offrent la soumission du continent et la détresse de l’Angleterrepour achever l’exécution de mon système. Vos Bourbons ne m’ontservi qu’à contre-coeur, toujours prêts à me trahir. Un frère me vau-dra mieux, quoi que vous en disiez. La régénération de l’Espagne est impossible par des princes d’une antique maison qui sera toujours,malgré elle, l’appui des vieux abus. Mon parti est arrêté, il faut quecelle révolution s’accomplisse. L’Espagne ne perdra pas un village, elleconservera routes ses possessions. J’ai pris mes précautions pour luiconserver ses colonies. Quanta votre prince, il sera dédommagé s’ilse soumet de bonne grâce à la force des choses. C’est à vous à user devotre influence pour le disposer à accepter les dédommagements que
IC.