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LIVRE XXX.

je lui réserve. Vous êtes assez instruit pour comprendre que je ne faisque suivre en ceci les lois de la vraie politique, laquelle a ses exigenceset ses rigueurs inévitables. »

En disant ces choses et d’autres, dans un langage où perçait le re-gret plutôt que le remords d’une pareille spoliation, Napoléon étaitdevenu doux, amical, et plusieurs fois il s’était permis les gestes lesplus familliers envers le pauvre précepteur, dont la taille très-élevéeformait avec la sienne un singulier contraste. Effrayé de cette in-ilexible résolution, le chanoine Escoïquiz , les larmes aux yeux, s’é-tendit sur les vertus de son jeune prince, s’efforça de justifier Ferdi-nand VII de la révolution d’Aranjuez, s’attacha à prouver que Charles IV avait abdiqué volontairement, que l’autorité de Ferdinand VII étaitpar conséquent très- légitime ; à quoi Napoléon, répondant avec unsourire d’incrédulité, lui dit qu’il savait tout, que la révolution d’A-ranjuez n’était pas aussi naturelle qu’on voulait le lui persuader ; queFerdinand VII avait cédé à une impatience coupable, mais qu’il avaiteu tort de faire déclarer ouverte une succession qu’il ne devait pasrecueillir, et que, pour avoir cherché à régner trop tôt, il ne régneraitpas du tout. Le chanoine, ne réussissant pas à toucher Napoléon parla peinture des vertus de Ferdinand Vil, essaya de l’émouvoir en luiparlant de la situation de ses malheureux conseillers, de leur rôle de-vant l’Espagne, devant l’Europe , devant la postérité ; qu’ils seraientdéshonorés pour avoir cru à la parole de Napoléon qui les avait amenésà Bayonne en leur faisant espérer qu’il allait reconnaître le nouveauroi ; qu’on les accuserait d’ineptie ou de trahison, lorsqu’ils n’avaienteu d'autre tort que celui de croire à la parole d’un grand homme.« Vous êtes d’honnêtes gens, reprit Napoléon, et vous en particuliervous êtes un excellent précepteur, qui défendez votre élève avec lezèle le plus louable. On dira que vous avez cédé à une force supérieure.Aussi bien, ni vous ni l’Espagne ne sauriez me résister. La politique,la politique, monsieur le chanoine, doit diriger toutes les actious d’unpersonnage tel que moi. Retournez auprès de votre prince, et dispo-sez-le à devenir roi d’Étrurie , s’il veut être encore roi quelque part,car vous pouvez lui affirmer qu’il ne le sera plus en Espagne . ■

L’infortuné précepteur de Ferdinand VII se retira consterné, ettrouva son élève tout aussi surpris, tout aussi désolé de l’entretienqu’il venait d'avoir avec le général Savary. Celui-ci, sans y mettre au-cune forme, sans y mettre surtout aucun de ces développements qui,