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LIVRE XXX.
rait que bientôt elle tomberait devant la nécessité, et surtout devantCharles IV venant faire valoir ses réclamations, beaucoup mieux moti-vées que celles de Ferdinand VII ; car, si l’idée de protester contreson abdication lui avait été suggérée par Murat, il n’en était pas moinsvrai que cette abdication avait été le résultat d'une violence moraleexercée sur son faible caractère, et qu’il était tics-fondé à revendiquerla couronne. Tout même eût été juste, si, en la retirant à Ferdi-nand VII, on l’avait rendue à Charles IV . Napoléon, regardant la pré-sence de Charles IV comme indispensable pour opposer au droit dufils le droit du père, ce qui ne créait pas le droit des Bonaparte, maisce qui mettait tous ces droits dans un état de confusion dont il espéraitprofiter, pressa vivement Murat de faire partir les vieux souverains, etde lui envoyer aussi le prince de la Paix, toujours prisonnier à Villa-Viciosa. Napoléon enjoignit à Murat d’employer la force, s’il le fallait,non pour le départ de la vieille cour, qui demandait instamment à semettre en roule et que personne ne songeait à retenir, mais pour ladélivrance du prince de la Paix, que les Espagnols ne voulaient relâ-cher à aucun prix. Il recommanda en même temps, pour préparer lesesprits, de communiquer à la junte de gouvernement et au conseil deCastille la protestation de Charles IV , ce qui réduisait à néant laroyauté de Ferdinand VII, sans rétablir celle de Charles IV , et com-mençait une sorte d’interrègne commode pour l’accomplissement d’unprojet d’usurpation. Il tâcha de faire bien comprendre à Murat qu’ilne fallait pas s’attendre à un grand succès d’opinion en opérant unchangement qui n’était pas du gré des Espagnols , mais qu’il fallait lescontenir par la crainte, gagner ensuite l’adhésion des hommes sensés,par l’évidence des biens dont uue royauté française serait la source,par la certitude qu’au prix d'un changement de dynastie 1 Espagne neperdrait ni un village ni une colonie, avantage qui ne serait résultéd’aucun autre arrangement, et puis suppléer à ce qui manquerait enassentiment par le déploiement d’une force irrésistible. Napoléon pres-crivit à Murat de bien se tenir sur ses gardes, de fortifier deux ou troispoints dans Madrid , tels que le palais royal, l’amirauté, le Buen-Retiro,de ne pas laisser coucher un seul officier en ville, d’exiger qu’ils fus-sent tous logés avec leurs soldats, de se comporter en un mot commeà la veille d’une insurrection qu’il croyait inévitable, car les Espagnols voudraient probablement tâter les Français ; qu’il fallait dans ce cas lesrecevoir énergiquement, de manière à leur ôter tout espoir de résis-