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LITRE XXX.
Français . Murat se faisant toujours illusion sur les dispositions des Es-pagnols, mais stimulé par les avis réitérés de Napoléon , prenait quelquesprécautions. Il avait logé en ville la garde et les cuirassiers, et placé lereste des troupes sur les hauteurs qui dominent Madrid . Il avait, auxtrois divisions du maréchal Moncey, ajouté la première division dugénéral Dupont, et tenait ainsi Madrid avec la garde, toute la cavalerieet quatre divisions d’infanterie. La seconde division du général Dupontavait été portée à l'Escurial, la troisième à Ségovie . Les troupes cam-paient sous toile tout autour de Madrid . Approvisionnées avec diffi-culté à cause de l’insuffisance des transports, elles l’étaient néanmoinsavec assez d’abondance. Le traitement contre la gale, appliqué à nosjeunes soldats, les avait presque tous remis en santé. Ils s’exercaienttous les jours, et commençaient à acquérir la tenue qu’il aurait falluleur souhaiter dès leur entrée en Espagne . Murat leur avait donné desofficiers pris dans les sous-officiers de la garde, et apportait un soininfini à l’organisation d’une armée qu’il regardait comme le soutien desa future couronne. La division du général Dupont surtout était fortbelle. Malheureusement il aurait fallu, nous le répétons , montrer celatout fait aux Espagnols , mais ne pas le faire sous les yeux. Murat seconsacrant à une œuvre qui lui plaisait fort, quelquefois encore applaudide la populace espagnole qui se laissait éblouir par sa présence et parles beaux escadrons de la garde impériale, maître de la junte, qui,placée entre deux rois absents, ne sachant auquel obéir, obéissait à lala force présente, Murat se croyait déjà roi d’Espagne . Scs aides decamp, se croyant à leur tour grands seigneurs de la nouvelle cour, leflattaient à qui mieux mieux, et lui, renvoyant à Paris ces flatteries,écrivait à Napoléon: ■ Je suisici le maître en votre nom;ordonncz,et l’Es-pagne fera tout ce que vous voudrez; elle remet Ira la couronne à celui desprinces français que vous aurez désigné. > Napoléon ne répondait à cesfolles assurances qu’en réitérant l’ordre de fortifier les principaux palaisde Madrid , et de tenir les officiers logés avec leurs troupes, mesuresque Murat exécutait plutôt par obéissance que par conviction do leurutilité.
Le prince de la Paix, acheminé en toute hâte vers Bayonne pour nepas donner le temps à la populace de s’ameuter sur son passage, yarriva bien avant ses vieux souverains. Napoléon était fort impatient devoir cet ancien dominateur de la monarchie espagnole et surtout des’en servir. Après un instant d’eutrelieu , ce favori lui parut aussi mé-