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Bayonne .

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croire roi. Il venait, par ordre de Napoléon , de communiquer à la juntela protestation de Charles IV , rédigée en quelque sorte sous sa dictée,et de réclamer avec la publication de celte pièce la suppression du nomde Ferdinand VII dans les actes du gouvernement. La junte, embar-rassée, avait voulu faire partager la responsabilité au conseil de Cas-tille, en le consultant . Le conseil la lui avait renvoyée tout entière enrefusant de s’expliquer. Murat avait terminé le différend par une trans-action, et on était convenu que les actes du gouvernement seraientpubliés aunom du roi, sans dire lequel. Le trône devenait ainsi tout àfait vacant, et les Espagnols commençaient à s’en apercevoir avec uneprofonde douleur. Tantôt ils s’indignaient contre l’ineptie et la lâchetéde leurs princes, qui s’étaient laissé tromper, et précipiter dans ungouffre dont ils ne pouvaient plus sortir ; tantôt ils se sentaient pleinsde pitié pour eux, et de fureur contre les étrangers qui s’étaient intro-duits sur leur territoire par la ruse et la violence. Les hommes éclairés,comprenant bien maintenant pourquoi les Français avaient envahil’Espagne , flottaient entre leur haine de l’étranger et le désir de voirl’Espagne réorganisée comme l’avait été la France par la main de Na-poléon . Attirés avec leurs femmes aux fêles que donnait Murat, ilsétaient quelquefois entraînés, à demi séduits, mais jamais conquis en-tièrement. Le peuple, au contraire, ne partageait en aucune manièrecette espèce d’entrainement. Quelquefois à la vue de la garde impérialeet de notre cavalerie il était saisi, il admirait même Murat;mais notreinfanterie, surtout composée de soldats jeunes, à peine instruits, ma-lades de la gale, et achevant leur éducation sous ses yeux, ne lui inspi-rait aucun respect, et lui donnait même la confiance de nous vaincre.Les paysans oisifs des environs étaient accourus à Madrid , armés deleurs fusils et de leurs coutelas, et s’habituaient à nous braver des yeuxavant de nous combattre avec leurs armes. Quelques-uns, fanatisés parles moines, commettaient d’horribles assassinats. Un homme du peupleavait tué à coups de couteau deux de nos soldats, et blessé un troi-sième, sous l’inspiration, disait-il, de la sainte Vierge. Le curé de Ca-ramanchel, village aux portes de Madrid , avait assassiné l’un de nosofficiers. Murat avait fait punir exemplairement les auteurs de cescrimes, mais sans apaiser la haine qui commençait à naître. Une émo-tion indéfinissable remplissait déjà les âmes, à tel point qu'un chevals’étant échappé sur la belle promenade du Prado, tout le monde s’étaitenfui à l’idée qu’un combat allait s’engager entre les Espagnols et les