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LIVRE XXX.

espéré la consolation de ses chagrins. La reine déploya pour plaire toutFart, d’une femme de cour, surtout avec 1 impératrice Joséphine arrivéedepuis quelques jours à Bayonne , et accourue auprès des souverainsde l’Espagne. Après un court entretien, Napoléon laissa Charles IV entouré des Espagnols réunis à Bayonne , et des officiers et chambellansfrançais destinés à composer son service d’honneur. D’après les inten-tions de Napoléon, qui désirait qu’aucun des usages de la cour d’Es-pagne ne fut négligé en cette occasion, il y eut un baise main général.Chacun des Espagnols présents vint, en s’agenouillant, baiser la maindu vieux roi et de la reine son épouse. Ferdinand, prenant son rangde fdset de prince des Asturies, vint à son tour s’incliner devant sesauguslcs parents. On put facilement discerner à leur visage les senti-ments qu’ils éprouvaient. Quand cette cérémonie fut achevée, le roi etla reine, fatigués, songèrent à s’enfermer chez eux. Ferdinand VII etson frère ayant voulu les suivre dans leur appartement, Charles IV ,ne pouvant plus se contenir, arrêta sou fils aîné en lui disant : « Mal-heureux ! n’as-tu pas assez déshonnoré mes cheveux blancs?... Res-pecte au moins mon repos... » Et il refusa ainsi de le voir autrementqu’en public. Ferdinand VII , ramené en quelques heures par la seuleétiquette à la qualité de prince des Asturies, se sentit perdu : il étaitpuni, et Charles IV vengé ! Mais celui-ci allait être bientôt obligéd’acquitter dans les mains de Napoléon le prix de la vengeance ob-tenue.

Ce que les vieux souverains désiraient avec le plus d’impatience ,c’était d’embrasser leur ami, leur cher Emmanuel, qu’ils n’avaient pasrevu depuis la fatale nuit du 17 mars. Ils se jetèrent dans scs bras, etNapoléon , qui voulait leur laisser le temps de se voir, de s’épancher,de s’entendre, ayant remis au lendemain la réception qu’il leur pré-parait à Marac, ils eurent toute la journée pour s’entretenir de leursituation et de leur sort futur. Le prince de la Paix leur eut promp-tement fait connaître ce dont ils s’agissait à Bayonne ; ce qui ne pouvaitni les étonner ni les affliger, car ils n’avaient plus la prétention derégner, et ils eurent la satisfaction d’apprendre que Napoléon , en lesvengeant de Ferdinand VII, leur destinait en France une retraite sûre,magnifique, des revenus égaux à ceux des princes régnants les mieuxdotés de l’Europe , et pour toute privation la perte d’un pouvoir dontils prévoyaient depuis longtemps la fin prochaine. Il ne fut donc pasdifficile de les amener aux projets de Napoléon , auxquels ils étaient