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BAYONNE . 583

résignés d’avance, même quand iis ne connaissaient pas tous les dédom-magements qu’on leur réservait.

Le lendemain, Napoléon les fit inviter à dîner au château de Marac,où il se proposait de les traiter tous les jours avec les plus grands hon-neurs. Charles IV et son épouse s’y rendirent dans les voitures impé-riales, si différentes des antiques voitures de la cour d’Espagne , quiétaient construites sur le même modèle que celles de Louis XIV . Ilavait la plus grande peine à y monter et à en descendre; et il laissaitvoir jusque dans les moindres détails combien il était étranger auxusages comme aux idées du temps présent. Arrivé au château deMarac, il s’appuya pour mettre pied à terre sur le bras de Napoléon ,qui était venu le recevoir à la portière. » Appuyez-vous sur moi, luidit Napoléon , j’aurai de la force pour nous deux.—J’y compte bien, »répondit le vieux roi; et il lui témoigna une véritable gratitude, tantil était heureux de trouver en France le repos, la sécurité et l’opulencepour le reste de ses jours! Napoléon avait oublie d’inscrire le princede la Paix au nombre des convives. Charles IV , ne l’apercevant pas,s’écria avec une vivacité embarrassante pour tous les assistants : » Oùest donc Emmanuel? Ou alla chercher le prince de la Paix par ordrede l’Empereur, et on rendit à Charles IV cet ami sans lequel il nesavait plus exister.

Tandis que Napoléon s’occupait d'adoucir le sort de ce vieil enfantdécouronué, l’impératrice Joséphine veillait avec sa grâce accoutuméesur la reine d’Espagne , et lui procurait les futiles distractions quiétaient à sa portée, en lui offrant toutes les parures de Paris les plusnouvelles et les plus recherchées. Mais l’épouse de Charles IV étaitplus difficile à consoler que lui, en raison même de son intelligenceet de son ambition. Toutefois elle pouvait compter sur deux consola-tions certaines, la sûreté d’Emmanuel Godoy et le détrônement deFerdinand.

Après avoir ainsi comblé d’égards des hôtes augustes et malheureux,Napoléon , impatient d’en finir, fit mouvoir les instruments qu’il avaità sa disposition. D’après sa volonté, une lettre fut adressée à Ferdi-nand par Charles IV , pour lui rappeler sa coupable conduite dans lesscènes d’Aranjuez , son imprudente ambition, son impuissance derégner sur un pays livré par sa faute aux agitations révolutionnaires,et lui demander de résigner la couronne. Cette sommation révélaitclairement aux conseillers détrompés de Ferdinand comment allait être