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» ordre, cl que loul va en Espagne comme je le désire, j’ai pris le
parti de l’envoyer dans une campagne, en l’environnant de plaisirs• el de surveillance. Que ceci dure le mois de mai et une partie de» juin, les affaires d’Espagne auront pris une tournure, et je verrai
■ alors le parti que je prendrai.
» Quant à vous, votre mission est assez honorable : recevoir chez« vous trois illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans
■ ie caractère de la nation et dans celui de votre rang. »
Charles IV quitta la frontière d’Espagne avec un profond serrementde cœur, car il disait adieu h sa terre natale, au trône et à des habi-tudes qui avaient toujours fait son bonheur, celui du moins qu’il étaitcapable de goûter. Toutefois les agitations populaires dont il avait en-tendu le premier retentissement l’avaient tellement troublé, les divi-sions intestines de sa famille l’avaient abreuvé de tant d’amertume,qu’il se consolait de sa chute à l’idce de trouver en France la sécurité,le repos, une opulente retraite, des exercices religieux , et les belleschasses de Compiègne . Sa vieille épouse, désespérée de perdre letrône, avait aussi plus d’un dédommagement : la vengeance , la pré-sence assurée du prince de la Paix, et de riches revenus. Ferdinand \ II,qui avait passé d’un stupide aveuglement à une véritable terreur, étaitplein de regrets, et ou n’imaginerait pas quel en était l’objet ! Il re-grettait d’avoir envoyé à la junte de gouvernement, en réponse auxquestions de celle-ci, l’ordre secret de convoquer les cortès, de soule-ver la nation, et de faire aux Français une guerre acharnée. Il crai-gnait que l’exécution de cet ordre, irritant Napoléon, ne mit en périlsa propre personne, sa dotation et la terre de Navarre. Il envoya unnouveau messager pour recommander à la junte une extrême pru-dence, et lui prescrire de ne faire aucun acte qui pût indisposer lesFrançais . Il ne s’en tint pas même à cette précaution. A peine était-ilsur la route de Valençay qu’il écrivit à Napoléon pour lui demanderl’une de ses nièces en mariage, et, n’oubliant pas sou précepteur Escoï-quiz, il réclama pour lui la confirmation de deux grâces royales qu’illui avait accordées en succédant à son père, et qui consistaient, l’unedans le grand cordon de Charles III, l’autre dans la qualité de conseil-ler d’État.On voit que les victimes de l’ambition de Napoléon se char-geaient elles mêmes de détruire chez lui tout remords, et chez le pu-blic tout intérêt.
Napoléon, maître de la couronne d’Espagne , se hâta de la donner.