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LIVRE XXX.

Cette couronne, la plus grande, après la couronne de France , de toutescelles dont il avait eu à disposer, lui parut devoir appartenir à soufrère Joseph, actuellement roi assez paisible et assez considéré duroyaume de Naples . Napoléon était conduit dans ce choix par l’affectiond’abord, car il préférait Joseph à ses autres frères ; puis par un cer-tain respect de la hiérarchie, parce que Joseph était l’ainé d’entreeux, et enfin par confiance, car il en avait plus en lui que dans tousles autres. Il croyait Jérome dévoué, mais trop jeune ; Louis honnête,mais tellement aigri par la maladie, les querelles domestiques, l’or-gueil, qu’il le regardait comme capable des déterminations les plusfâcheuses. Quant à Joseph, tout en lui reprochant beaucoup de vanitéet de mollesse, il le jugeait sensé, doux et très-attaché à sa personne,et il ne voulait confier qu’à lui l’important royaume placé si près deFrance . Ce choix ne fut pas la moindre des fautes commises dans cettefatale affaire d’Espagne . Joseph ne pouvait pas être avant deux moisrendu à Madrid , et ces deux mois allaient décider de la soumission oude l’insurrection de l’Espagne . Il était faible, inactif, peu militaire,hors d’état de commander et d’imposer aux Espagnols . C’est Murat,qui était à Madrid, qui plaisait aux Espagnols ; qui, par la promptitudede ses résolutions, était homme à déconcerter l’insurrection prête ànaître ; qui, par l’habitude de commander l’armée en l’absence deNa-poléon, savait se faire obéir des généraux français : c’est Murat qu’ilaurait fallu charger de contenir et de gagner les Espagnols . Mais Na-poléon n’avait confiance qu’en ses frères; il voyait dans Murat unsimple allié ; il se défiait de sa légèreté et de l’ambition de sa femme,quoiqu'elle fût sa propre sœur ; et il ne voulut lui accorder que leroyaume de Naples .

Il écrivit donc à Joseph: « Le roi Charles, par le traité que j’ai fait» avec lui, me cède tous ses droits à la couronne d’Espagne ... C’est» à vous que je destine cette couronne. Le royaume de Naples n’est» pas ce qu’est l’Espagne ; c’est 11,000,000 d’habitants, plus de

150 millions de revenus, et la possession de toutes les Amériques .» C’est d’ailleurs une couronne qui vous place à Madrid , à trois jour-» nées de la France , et qui couvre entièrement une de ses frontières.>■ A Madrid vous êtes en France ; Naples est le bout du monde. Je>• désire donc qu’immédiatement après avoir reçu celte lettre, vous» laissiez la régence à qui vous voudrez, le commandement des troupes» au maréchal Jourdan, et que vous parliez pour vous rendre à