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LIVRE XXX.
leur Ivansmeltait à chaque courrier la nouvelle expression, el ils en-voyèrent, à Napoléon un tableau de l'état de la monarchie, tableau quenous avons déjà fait connaître. Chose singulière, en demandant cesdocuments, Napoléon disait à Murat : « 11 me les faut d’abord pourles mesures que j’ai à ordonner ; il me les faut ensuite pour apprendreun jour à la postérité dans quelle situation j’ai trouvé la monarchieespagnole. » Ainsi lui-mème sentait qu’il aurait besoin, pour se justi-fier, de montrer l’état dans lequel il avait trouvé l’Espagne , el celuidans lequel il espérait la laisser. La Providence vengeresse ne voulaitlui accorder que la moitié de cette justification.
Le premier, le plus urgent besoin de l’Espagne était celui de l’ar-gent. Murat n’avait pas de quoi fournir le prêt aux troupes, ni de quoienvoyer dans les ports les fonds indispensables pour met Ire quelquesbâtiments à la mer. Ferdinand VII avait pu disposer à son avènementde sommes en métaux, lesquelles appartenaient, soit à la caisse deconsolidation, soit au prince de la Paix, et qu’on avait arrêtées au mo-ment où la vieille cour allait partir pour l’Andalousie . Il les avait em-ployées à faire quelques largesses, et, ce qui valait mieux, à payeraux rentiers de l’Etat un à-compte, dont ils avaient grand besoin, etqu’ils attendaient depuis bien des mois. Après cet emploi, il n’étaitrien resté. Murat aux abois, réduit à puiser pour ses dépenses person-nelles dans la caisse de l’armée française , avait fait connaître à Napo-léon cet étal désespéré des finances, et demandé instamment un secourspécuniaire, comptant sur les richesses que la victoire avait mises dansles mains de Napoléon. Mais celui-ci, craignant de dissiper un trésorqu’il destinait à récompenser l’année en cas de prospérité soutenue, ouà créer de grandes ressources défensives en cas de revers, lui avaitd’abord répondu qu’il n’avait point d’argent, réponse qu’il faisait tou-jours quand on s’adressait à lui, à moins qu’il ne s’agit d’œuvres debienfaisance. S’étant bientôt aperçu que l’Espagne élait encore plusdénuée qu’il ne l’avait supposé, il revint sur son refus, et se décida àla secourir, ce qui était une première punition d’avoir voulu s’eu em-parer. Cependant il ne voulait pas laisser voir sa main, même en ac-cordant un bienfait, car il savait qu’on se hâterait peu de s’acquittersi on croyait n’avoir que lui pour créancier. Il imagina donc de faireprêter à l’Espagne 100 millions de réaux (25 millions de francs), parla banque de France, sur les diamants de la couronne d’Espagne , queCharles IV, d’après ses engagements, avait dû laisser à Madrid . Les