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NOTES.

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parce qu'il a tenu à la plus légère circonstance que la bataille ne fût pas livrée.L'inconséquence est donc très-ordinaire : car il arrive aux plus grands esprits, auxplus grands caractères, de varier avant de se résoudre. La lettre en question no-tamment prouve d'une manière bien frappante à quel point Napoléon savait voirle côté contraire des résolutions qu’il prenait, et de quel le extraordinaire prévoyanceil était doué, mais de combien peu de poids était celte prévoyance quand ses pas-sions l’entraînaient. J'ai donc mis un intérêt philosophique en quelque sorte àrechercher ce qu’il fallait penserde l’authenticité de cette lettre, et voici par quellesopinions diverses j’ai passé avant de me fixer définitivement pour l’affirmative.

Au premier aspect, la lettre est si admirable de pensées et de langage qu’on nedoute pas qu’elle ne soit de Napoléon lui-même. Lui seul en effet a écrit de ce tonsur les grandes affaires politiques et militaires. Elle a produit ce même effet surtous les écrivains qui se sont occupés jusqu'ici de Napoléon . Mais ces écrivains.neconnaissant rien ou presque rien des vrais documents , n’ont pu comme moi êtrefrappés des contradictions qu’elle présente avec d’autres données historiques toutà fait certaines, et n’ont pas même pris la peine de mettre en question son authen-ticité. Pour moi cependant il y a eu des raisons de douter de cette authenticitétellement graves, que je ne sais pas si aux yeux des vrais critiques je parviendraià les détruire.

Ainsi , d’abord cette lettre est en contradiction formelle avec tout ce quiprécède et tout ce qui suit. Les uns l’ont datée du 27. les autres du 29 mars(la vraie date, comme on le verra, ne peut être que du 29;. Eh bien, il y a du 27,il y a du HO. des lettres de Napoléon qui disent exactement le contraire,c’est-à-dire qui approuvent Murat en tout, qui non-seulement approuvent, maisqui prescrivent 17 ntrée dans Madrid , qui prescrivent le plan au moyen duquel ons’empara de toute la famille d'Espagne . C’est enfin la seule lettre de ce genre, dansune immense correspondance . qui soit en opposition avec la conduite suivie parMurat et ordonnée par Napoléon .

Secondement, tandis que toutes les lettres de Napoléon se trouvent au dépôt duLouvre, celle-là ne s’y trouve pas. Il est vrai que cette preuve n’est pas absolue,car sur 40.000 lettres de l'Empereur, il y en a çà et là quelques-unes qui n’v sontpas. et la lettre dont il s’agit pourrait bien être du nombre, infiniment petit, decelles dont la minute n’a pas été conservée. Il n‘y en a peut-être pas 100 sur 40,000dans ce cas II y a plus encore : une lettre de l’Empereur, dont voici un extrait,énumère toutes les lettres qu’il a écrites dans ces journées, et ne mentionne pointcelle dont il s’agit. Arrivé à Bordeaux , et rappelant l’une après l’autre les lettresqu'il a successivement adressées à .Murat, il lui dit : « Je reçois votre lettre du 3à minuit j par laquelle je rois que vous avez reçu ma lettre du 27 mars. Celle du 30,et Savary qui doit vous être arrivéj vous auront fait connaître encore mieux mesintentions. Le général Reille part à l'instant pour se rendre près de vous... » Ainsipas un mot de la lettre du 29. Comment imaginer qu’il ne l'eût pas énumérée sielle avait été écrite, surtout cette lettre contredisant tout ce qu’il avait ordonnéle 27 et le 50? Il aurait dû au moins la mentionner en déclarant qu’il fallait laconsidérer comme non avenue.

Mais la non existence de cette minute au Louvre acquiert une signification plusgrande par une autre circonstance, qui est la suivante. La correspondance fort vo-lumineuse de Murat, sans laquelle on ne peut pas connaître et raconter les événe-ments d'Espagne , est tout entière au Louvre. Elle contient la réponse la plusexacte, la plus minutieuse , aux moindres lettres de l’Empereur. On peut dire» qu'avec cette correspondance on a sur tous les points la demande et la réponse.Or il n’y a pas une seule lettre de Murat en réponse à cette lettre si importante, sigrave, si ditférente de ce qui lui avait été prescrit. Murat, dans cette correspon-dance, paraît sentir avec une vivacité extrême les moindres reproches de l’Empe-reur, et il ri'aurait pas dit un mot d’une lettre si gravement improbalive, si diffé-rente surtout de ce qui avait précédé et suivi ! Cela est évidemment impossible.On ne peut plus conserver de doute quand on ajoute qu’à la date du i avril, onzeheures du soir. Murat dit : o M. de Tournon est arrivé ce soir ; il aura trouvé lelogement de Votre Majesté tout fait. » Murat n’ajoute pas: Il m’a remis votrelettre... etc. Il est évident que M. de Tournon ne lui avait rien remis , et surtoutrien d’aussi grave que la lettre en question. Je crois donc que la lettre ne fut pasremise ; ce qui ne prouve pas toutefois qu’elle n’eût pas été écrite, comme je vaisle démontrer tout à l’heure.