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NOTES.
Ainsi la contradiction qu'implique cette lettre avec tout ce qui précède et suit,ça non existence au dépôt du Louvre, le silence de Napoléon , le silence de Murat àson sujet, m’ont fait douter de son authenticité, et m’ont démontré au moins qu’ellen’avait pas été remise.
Maintenant voici comment son authenticité a été rétablie à mes yeux, et com-ment je suis arrivé à croire qu’elle avait été écrite sans avoir été remise. Qu’ellesoit de Napoléon , je n’en saurais douter ; et chaque fois que je l’ai relue, et je l’ailue vingt fois peut-être, j’en ai été persuadé davantage. Les falsificateurs peuventjouer le style, ils ne savent pas jouer la pensée ; et surtout il aurait fallu qu’ilsfussent au milieu des événements , pour pouvoir, avec autant de précision, parlerdu départ du général Savary , de la commission donnée à M. de Tournon , et dequantité d’autres particularités de la même nature dont cette lettre est remplie.Il y a notamment un détail qui lui donne à mes yeux son authenticité complète, etce détail est le suivant; Napoléon dit à Murat : Vous allez trop vite dans vos in-structions du Hau général Dupont. Or, il y a, en effet, des instructions du 14 augénéral Dupont, qui méritent bien le reproche que leur adresse Napoléon en seplaçant au point de vue où il se plaçait dans le moment; car. en portant trop vitele général Dupont en avant, Murat laissait les derrières de l’armée en prise auxtentatives du général espagnol Taranco, rappelé du Portugal par les ordres duprince de la Paix. Les falsilicateurs ne pouvaient pas savoir ce détail qui ne peutêtre connu que lorsqu'on a lu minutieusement les ordres militaires de Napoléon .J'ajoute que ce détail prouve encore que le falsificateur ne pourrait pas être Napo-léon lui-même, essayant à Sainte-Hélène de fabriquer une lettre après coup pou rse justifier de la plus grave faute de son règne ; car. indépendamment de ce qu'ilavait trop d’orgueil pour agir ainsi, n’ayant pas même voulu se justifier par lemensonge de la mort du duc d'Enghien. il était impossible qu’il inventât celte cir-constance des ordres du 14. attendu qu’il n’avait pas à Sainte-Hélène les pièces duLouvre : et j’ai la preuve par ce qu'il a écrit à Sainte-Hélène que. sans vouloirmen-tir, il se trompait sur les dates et sur les faits quand il n’avait pas les pièces sous1rs yeux. Les meilleures mémoires sont exposées à ces erreurs, et je l’ai souventéprouvé en comparant les écrits contemporains avec les correspondances de leursauteurs.
La lettre . outre son style, porte donc avec elle la preuve de son authenticité.Mais comment alors expliquer la contradiction de cette lettre avec ce qui précédéet ce qui suit, et surtout le silence de Murat, qui n'en accuse pas même réception ?Voici de quelle manière j’ai essayé d’y parvenir.
J’ai trouvé au Louvre la correspondance de M. de Tournon . J’y ai vu que , seulde tous les agents français, il avait blâmé l’entreprise d’Espagne , et avait suppliéNapoléon de suspendre toute résolution à ce sujet avant d'avoir vu lui-méme lepays de ses propres yeux J'ai lu en outre, dans la correspondance de Murat, quelui Murat, le général Grouchv et autres avaient beaucoup ri à Somo-Sierra dessombres terreurs de M. de Tournon ; j’y ai lu de vives instances pour que Napo-léon ne prît aucune décision d'après ce que lui dirait M. de Tournon . Il était doncle contradicteur, et le seul, de Murat et de son état-major. J’ai encore trouvé lapreuve, dans la correspondance de .M. de Tournon . qu'il resta jusqu’au 24 au soirà Burgos . attendant l'Empereur avec impatience. Il est authentiquement prouvéqu'il arriva à Paris quelques jours après. Il ne put en marchant fort vite arriveravant le 29 ; ce qui place la lettre en question au plus tôt à la date du 29, puis-qu’il y est dit que M. de Tournon devait la remettre. Arrivé le 29. il trouva l’Em-pereur sans nouvelles: car, Murat n'ayant écrit ni le 22 ni le 23, Napoléon dutpasserdeux jours sans dépêches d'Espagne , et ce durent être le 28, le 29 ou le 30,répondant aux 22 et 23, à cause du temps qu'il fallait alors pour le trajet de Ma-drid à Paris . Aussi n'y a-t il aucune lettre de l’Empereur, ni le 28 ni le 29, si cen’est celle en question. M. de Tournon . trouvant l’Empereur inquiet commeon l’est toujours lorsqu'on manque de nouvelles dans de graves événements,et les événements étaient graves en effet, car en ce moment il savait SIu-rat aux portes de Madrid et prêt à y entrer. M. de Tournon dut exercer unegrandeinfluence sur son esprit, et provoquer la lettre dont nous parlons. Napoléon lechargea naturellement de la remettre . car elle était son ouvrage en quelque sorte.Gette phrase : M. de Tournon vous remettra cette lettre , la rattache à M. de Tour-non, et les opinions personnelles de celle-ci rendent ce lien plus évident encore.