268
LE RETOUR.
intérêt de vanité à flatter leur espérance. Ils n’osaientcependant pas trop me presser ; ils me disaient : « Tues l’ami du roi, et le roi ne nous pardonnerait passi tu venais à périr par notre faute. » Je résolus pour-tant de faire une tentative contre le léopard ; et,comme il ne se montrait qu’au coucher du soleil, jeconsentis à passer la journée du lendemain à Médina.
Lorsque le soleil fut près de toucher aux mon-tagnes du couchant, je me fis donc conduire près de latanière du léopard. On me la montra : c’était unefente s’ouvrant au bas d’une roche trachytique quidomine une grande esplanade sablonneuse. Je fis atta-cher un petit agneau au tronc d’un acacia situé à unesoixantaine de pas de la caverne; m’effaçant moi-même derrière l’arbre, j’attendis le léopard, armé demon fusil à quatre coups, d’un fusil à deux coups etde deux pistolets. Je renvoyai mon drogman et leshommes qui m’avaient accompagné afin d’être plusmaître de moi. Quelques minutes après que le soleilfut descendu derrière les pics qui projetaient à madroite leurs ombres gigantesques sur les immensesplaines du pays des Adels, le léopard parut au pieddu rocher, accroupi sur le sable comme un sphinx,balançant sa queue et flairant avec un grognementsec. Il se leva, fit un bond du côté de l’agneau etse recoucha sur le ventre, la queue relevée, les yeux