272
LE RETOUR.
tronc d’où on l’attaquait, le souleva au-dessus del’eau et précipita ses ennemis dans le fleuve. Ce futun moment de frayeur épouvantable : en une minutel’eau fut rougie et quatre hommes étaient tués. D’uncoup de ses défenses, l’hippopotame en avait coupé unen deux par le milieu du corps; puis, se tordant avecfurie, il avait fendu le ventre à un autre nageur,cassé le bras et ouvert la poitrine à un troisième, ettraversé du cou au crâne la tête du quatrième. Dèsque le reste des nageurs fut sauvé, nos fusiliers, fu-rieux, criblèrent de balles l’hippopotame, qui, enragélui-même, la gueule ouverte et sanglante, couraitautour du tronc comme pour y chercher de nouvellesvictimes, et enfonçait inutilement ses défenses dans lebois mort qu’il faisait sauter sur l’eau. Cependant lanuit arriva sans que nous fussions parvenus à le bles-ser à mort ; nous fûmes obligés de cesser le combat.L’hippopotame profita du répit pour sortir de la ri-vière et aller se reposer dans un fourré de joncs oùon l’épia toute la nuit pour ne pas le laisser échap-per. Le lendemain matin, en effet, lorsqu’il voulutregagner le lit de la rivière, nous déchargeâmes surlui nos fusils; et, au moment où il passait devantmoi, je lui tirai dans l’oreille un coup de carabinequi le fit tomber. Malheureusement c’était encoreun mâle. Je lui fis couper la tête, que j’ai rapportée