Band 
Tome I.
Seite
38
JPEG-Download
 

38

DISCOURS

dans leur pays le leur rendent cher ; que le gouver-nement leur laisse assez de part à l’administrationpublique pour sentir qu'ils sont chez eux, et queles lois ne soient a leurs yeux que les garants de lacommune liberté. Ces droits, tout beaux qu’ils sont,appartiennent à tous les hommes; mais, sans pa-roitre les attaquer directement, la mauvaise vo-lonté des chefs en réduit aisément l’effet arien. Laloi dont on abuse sert à la fois au puissant d’armeoffensive et de bouclier contre le foible; et le pré-texte du bien public est toujours le plus dangereuxfléau du peuple. Ce qu’il y a de plus nécessaire etpeut-être de plus difficile dans le gouvernement,c’est une intégrité sévère a rendre justice à tous, etsurtout à protéger le pauvre contre la tyrannie duriche. Le plus grand mal est déjà fait, quand on ades pauvres a défendre et des riches à contenir.C'est sur la médiocrité seule que s’exerce toute laforce des lois ; elles sont également impuissantescontre les trésors du riche et contre la misère dupauvre; le premier les élude, le second leuréchappe; l’un brise la toile, et l’autre passe autravers.

C’est donc une des plus importantes affaires dugouvernement de prévenir l’extrême inégalité desfortunes ; non en enlevant les trésors à leurs posses-seurs, mais en ôtant à tous les moyens d’en accumu-ler ; ni en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres,mais en garantissant les citoyens de le devenir. Leshommes inégalement distribués sur le territoire,et entassés dans un lieu tandis (pie les autres se dé-