SUR L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 43
môme perd son crédit dans la bouche de celui quine la pratique pas. Mais que des guerriers illustres,courbes sous le faix de leurs lauriers, prêchent lecourage } que des magistrats intègres, blanchis dansla pourpre et sur les tribunaux, enseignent la jus-tice : les uns et les autres se formeront ainsi de ver-tueux successeurs, et transmettront d'âge en «âgeaux générations suivantes L'expérience et les talentsdes chefs, le courage et la vertu des citoyens, etl’émulation commune à tous de vivre et mourir pourla patrie.
Je ne sache que trois peuples qui aient autrefoispratiqué l’éducation publique 5 savoir, les Crétois,les Lacédémoniens , et les anciens Perses : chez tousles trois elle eut le plus grand succès , et fit des pro-diges chez les deux derniers. Quand le monde s’esttrouve divisé en nations trop grandes pour pouvoirêtre bien gouvernées, ce moyen n’a plus été prati-cable ; et d’autres raisons , que le lecteur peut voiraisément, ont encore empêché qu’il n’ait été tentéchez aucun peuple moderne. C’est une chose très-remarquable que les Romains aient pu s’en passer}mais Rome fut, durant cinq cents ans, un miraclecontinuel que le monde ne doit plus espérer de re-voir. La vertu des Romains , engendrée par l’hor-reur de la tyrannie et des crimes des tyrans, et parl’amour inné de la patrie, fit de toutes leurs maisonsautant d’écoles de citoyens} et le pouvoir sans bor-nes des pères sur leurs enfants mit tant de sévéritédans la police particulière, que le père, plus craintque les magistrats , étoit dans son tribunal domesti-