LIVRE II.
127
est disciplinaire en naissant*tel autre ne l’est pasau bout de dix siècles. Les Russes ne seront jamaisvraiment policés, parce qu’ils l’ont été trop tôt.Pierre avoit le génie imitatif j il n’avoit pas le vraigénie, celui qui crée et fait tout de rien. Quelques-unes des choses qu'il fit étoient bien , la plupartétoient déplacées. Il a vu que son peuple étoit bar-bare , il n’a point vu qu’il n’étoit pas mûr pour lapolice 5 il l’a voulu civiliser quand il ne falloit quel’aguerrir. Il a d’abord voulu faire des Allemands ,des Anglois, quand il falloit commencer par fairedes Russes : il a empêche scs sujets dejjaroais deve-nir ce qu’ils pourroient être, en leur persuadantqu’ils étoient ce qu’ils ne sont pas. C’est ainsi qu’unprécepteur françois forme son élève pour briller unmoment dans son enfance, et puis n’êtrc jamaisrien. L’empire de Russie voudra subjuguer l’Europe ,et sera subjugué luimême. Les Tartares , scs sujelsou ses voisins, deviendront ses maîtres et les nôtres :cette révolution me paroît infaillible. Tous les roisde l’Europe travaillent de concert a l’accélérer.
CHAPITRE IX.
Suite.
Comme la nature a donne des termes à la statured’un homme bien conformé, passé lesquels elle nefait plus que des géants ou des nains, il y a demême, eu égard a la meilleure constitution d’unétat, des bornes a l’étendue qu’il peut avoir, afin