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Tome I.
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22G DU CONTRAT SOCIAL,

que leurs mœurs , quoique moins simple encorequ'à Sparte . Chacun donnoit son suffrage à hautevoix, un greffier les écrivoit à mesure : pluralitéde voix dans chaque tribu déterminoit le suffragede la tribu j pluralité de voix entre les tribus déter-minoit le suffrage du peuple j et ainsi des curies etdes centuries. Cet usage étoit bon tant que l'honnê-teté régnoit entre les citoyens , et que chacun avoithonte de donner publiquement son suffrage à unavis injuste ou à un sujet indigne ; mais, quand lepeuple se corrompit et qu’on acheta les voix, il con-vint qu’elles se donnassent en secret, pour contenirles acheteurs par la défiance, et fournir aux friponsle moyen de n’être pas des traîtres.

Je sais que Cicéron blâme ce changement, et luiattribue en partie la ruine de la république. Mais,quoique je sente le poids que doit avoir ici l’auto-rité de Cicéron , je ne puis être de son avis : jepense au contraire que , pour n’avoir pas fait assezde changements semblables, on accéléra la pertede l'état. Comme le régime des gens sains n’est paspropre aux malades , il ne faut pas vouloir gouver-ner un peuple corrompu par les mêmes lois quiconviennent à un bon peuple. Rien ne prouve mieuxcette maxime qup la durée de la république deVenise , dont le simulacre existe encore , unique-ment parce que ses lois ne conviennent qu’à de mé-chants hommes.

On distribua donc aux citoyens des tablettes parlesquelles chacun pouvoit voter sans qu’on sût quelétoit son ayis : on établit aussi de nouvelles forma-