244
DU CONTRAT SOCIAL.
que le christianisme en est le plus ferme appui. Onprouvèrent au premier que jamais état ne fut fondéque la religion ne lui servit de hase ; et au second,que la loi chrétienne est au fond plus nuisible qu’utileà la forte constitution de l’état. Pour achever de mefaire entendre, il ne faut que donner un peu plusde précision aux idées trop vagues de religion rela-tives à mon sujet.
La religion, considérée par rapport à la société,qui est ou générale ou particulière , peut aussi se di-viser en deux espèces ; savoir, la religion de l'homme,et celle du citoyen. La première , sans temples, sansautels , sans rites , bornée au culte purement inté-rieur du Dieu suprême et aux devoirs éternels de lamorale, est la pure et simple religion de l’Évangile,le vrai théisme, et ce qu’on peut appeler le droitdivin naturel. L’autre , inscrite dans un seul pays ,lui donne ses dieux, ses patrons propres et tutélai-res. Elle a ses dogmes, ses rites, son culte exté-rieur prescrit par des lois : hors la seule nation quila suit, tout est pour elle infidèle , étranger, bar-bare; elle n’étend les devoirs et les droits de l’hommequ’aussi loin que ses autels. Telles furent toutes lesreligions des premiers peuples, auxquelles on peutdonner le nom de droit divin civil ou positif.
Il y a une troisième sorte de religion plus bizarre,qui, donnant aux hommes deux législations , deuxchefs, deux patries, les soumet à des devoirs contra-dictoires , et les empêche de pouvoir être a la foisdévots et citoyens. Telle est la religion des Lamas,telle est celle des Japonoiâ, tel est le christianismeromain. On peut appeler celui-ci la religion du pie-