LIVRE IV.
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Le christianisme est une religion toute spirituelle,occupée uniquement tics choses du ciel ; la patriedu chrétien n'est pas de ce monde. Il fait son devoir,il est vrai ; mais il le fait avec une profonde indiffé-rence sur le bon ou mauvais succès de ses soins.Pourvu qu’il n’ait rien à se reprocher, peu lui im-porte que tout aille bien ou mal ici bas. Si l’état estflorissant, à peine ose-t-il jouir de la félicité publi-que j il craint de s’enorgueillir de la gloire de sonpays : si l'état dépérit, il bénit la main de Dieu quis’appesantit sur son peuple.
Pour que la société fût paisible et que l'harmoniese maintînt, il faudrait que tous les citoyens sansexception fussent également bons chrétiens ; mais simalheureusement il s'y trouve un seul ambitieux ,un seul hypocrite, un Catilina , par exemple, unCromwell , celui-là très-certainement aura bon mar-chéde ses pieux compatriotes. La charité chrétiennene permet pas aisément de penser mal de son pro-chain. Dès qu’il aura trouvé par quelque ruse l'artde leur en imposer et de s'emparer d’une partie del’autorité publique, voilà un homme constitué endignité; Dieu veut quon le respecte : bientôt voilàune puissance; Dieu veut qu’on lui obéisse. Le dé-positaire de cette puissance eu abuse-t-il, c’est laverge dont Dieu punit ses enfants. On se feroit con-science de chasser l'usurpateur : il faudrait troublerle repos public , user de violence , verser du sang ;tout cela s’accorde mal avec la douceur du chrétien ;et, après tout, qu’importe qu’on soit libre ou serldans cette vallée de misères ? l'essentiel est d'aller eu