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Tome I.
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248 DU CONTRAT SOCIAL.

paradis, et la résignation n’est qu’un moyen de pluspour cela.

Survient-il quelque guerre étrangère, les citoyensmarchent sans peine au combat; nul d’entre eux ne•songe à fuir ; ils font leur devoir, mais sans passionpour la victoire; ils savent plutôt mourir que vain-cre. Qu’ils soient vainqueurs ou vaincus , qu'im-porte? La Providence ne sait-elle pas mieux qu’euxce qu’il leur faut? Qu’on imagine quel parti un en-nemi fier, impétueux, passionné, peut tirer de leurstoïcisme ! Mettez vis-à-vis d’eux ces peuples généreuxque dévoroit l’ardent amour de la gloire et de lapatrie, supposez votre république chrétienne vis-à-vis de Sparte ou de Rome , les pieux chrétiens serontbattus , écrasés, détruits, avant d’avoir eu le tempsde se rcconnoître, ou ne devront leur salut qu’aumépris que leur ennemi concevra pour eux. C’étoitun beau serment à mon gré que celui des soldats deFabius ; ils ne jurèrent pas de mourir ou de vaincre,ils jurèrent de revenir vainqueurs, et tinrent leurserment (*). Jamais de chrétiens n’en eussent faitun pareil; ils auroient cru tenter Dieu .

Mais je me trompe en disant une république chré-tienne; chacun de ces deux mots exclut l’autre. Lechristianisme ne prêche que servitude et dépen-dance. Son esprit est trop favorable à la tyranniepour qu'elle n’en profite pas toujours. Les vrais çhré-tiens sont faits pour être esclaves ; ils le savent et ne

(*) Tit.-Liv. , lib. n, cap. ^5 ; cité par Montaigne , liv. n,ch. 21.