Band 
Tome II.
Seite
152
JPEG-Download
 

152

LETTRES

vertueusement , bien heureusement employé , jecroirois même avoir bien racheté l’inutilité desautres , si je pouvois rendre ce triste reste bonen quelque chose à vos braves compatriotes, si jepouvois concourir par quelque conseil utile auxvues de leur digne chef et aux vôtres : de ce côté-làdonc soyez sûr de moi ; ma vie et mon cœur sontà vous.

Mais, monsieur, le zèle ne donne pas les moyens,et le désir n’est pas le pouvoir. Je ne veux pas faireici sottement le modeste : je sens bien ce que j’ai,mais je sens encore mieux ce qui me manque. Pre-mièrement , par rapport h la chose , il me manqueune multitude de connoissances relatives à la nationet au pays ; connoissances indispensables, et qui,pour les acquérir, demanderont de votre part beau-coup d’instructions, d’éclaircissements, de mémoi-res, etc.; de la mienne beaucoup d’étude et de ré-flexions. Par rapport a moi, il me manque plus dejeunesse, un esprit plus tranquille, un cœur moinsépuisé d’ennuis, une certaine vigueur de génie ,qui, même quand on l’a, n’est pas à l’épreuve desannées et des chagrins ; il me manque la santé, letemps; il me manque, accablé d’une maladie incu-rable et cruelle, l’espoir de voir la fin d’un longtravail, que la seule attente du succès peut donnerle courage de suivre ; il me manque enfin l’expe-rience dans les affaires, qui seule éclaire plus surl’art de conduire les hommes que toutes les médi-tations.

Si je me portois passablement,je me dirois : J’irai