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Tome II.
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PROJET

Outre ces confédérations publiques, il s’cn peutformer tacitement d’autres moins apparentes et nonmoins réelles, par l’union des intérêts, par le rap-port des maximes, par la conformité des coutumes,ou par d’autres circonstances qui laissent subsisterdes relations communes entre des peuples divisés.C’est ainsi que toutes les puissances de l’Europe for-ment entre elles une sorte de système qui les unitpar une même religion, par un même droit des gens,par les mœurs , par les lettres, par le commerce, etpar une sorte d’équilibre qui est l’effet nécessairede tout cela, et qui, sans que personne songe eneffet à le conserver, ne seroit pourtant pas si facilea rompre que le pensent beaucoup de gens.

Cette société des peuples de l’Europe n’a pas tou-jours existé , et les causes particulières qui l’ont faitnaître servent encore a la maintenir. En effet, avantles conquêtes des Romains, tous les peuples de cette -partie du monde , barbares et inconnus les uns auxautres, n’avoient rien de commun que leur qualitéd’hommes, qualité qui, ravalée alors par l’escla-vage, ne différoit guère dans leur esprit de celle debrute. Aussi les Grecs, raisonneurs et vains , distin-guoient-ils, pour ainsi dire , deux espèces dans l’hu-manité , dont l’une , savoir la leur, étoit faite pourcommander 5 et l’autre, qui comprenoit tout le restedu monde , uniquement pour servir. De ce principeil résultoit qu’un Gaulois ou un Ibère n’était riende plus pour un Grec que n’eût été un Cafre ou unAméricain ; et les barbares eux-mêmes n’avoient pasplus d’aflinité entre eux que n’en avoient les Grecsavec les uns et les autres.