38
L’UNIVERS.
grands historiens des navigations por-tugaises du quinzième siècle n’avaientpoint dissimulé l’antériorité de l’éta-blissement , en ces îles, des Français conduits par Béthencourt, dont l’in-fant dom Henri acquit les droits en1428, en échange de certains domainesà Madère. Or, Béthencourt était partide Normandie au commencement de1402, avec le dessein arrêté d'allerconquérir les Canaries , ce qui supposela connaissance déjà acquise de leursituation : bien mieux, il amenait deFrance , avec lui, des interprètes ca-nariens! La chronique rédigée par sesaumôniers contient, en outre, plusd’une indication curieuse, ou l’on peuttrouver la preuve que ces îles étaientdéjà fréquentées par les Espagnols etles Français, et la confirmation destraditions et des témoignages qui noussont fournis par d’autres sources, surde précédentes expéditions.
Ainsi, il y est dit que l’île de Lan-celot... « souloit estre moult peuplée« de gens ; mais les Espaignols et au-« très corsaires de mer les ont par« maintes fois prins et menés en ser-« vaige, tant qu’ils sont demourés peu« de gens; car quand monsieur de Bé-« thencourt y arriva , ils n’estoient en-« viron que trois cents personnes. »
De ces maintes fois , une au moinsnous est racontée avec quelque détailpar les historiens espagnols et cana-riens : c’est celle où les vaisseaux équi-pés à Séville par une association for-mée en 1390 sous le patronage duroi de Castille Henri III , et à la têtede laquelle se trouvait Gonzalve Pe-raza, s’abattirent, en 1393, sur cetteîle, la pillèrent, et enlevèrent le chefdu pays avec sa femme et cent soixante-dix dê leurs sujets.
Mais c’est par des tempêtes et desnaufrages que les vaisseaux (l'Europe étaient surtout jetés aux Canaries ; onraconte que le biscayen Ferdinandd’Ormel, comte d’Urena, aborda ainsien 1786 à Gomère, où il fut bien ac-cueilli et laissa son aumônier pour ins-truire les indigènes dans la foi chré-tienne ; que le navire de Francisco Lo-pez vint naufrager le 8 juillet 1382
sur les côtes de la grande Canarie ; quele biscayen Martin Ruiz d’Avendafiofut poussé en 1377 à Lancelote, ety trouva l’hospitalité la plus gracieuse,La perte du navire de FranciscoLopez à la grande Canarie avait laissédans l’île treize naufragés, qui y vé-curent tranquillement pendant septannées, au bout desquelles ils furentmassacrés par les indigènes, et Bethen-court, à son arrivée, trouva le testa-ment qu’ils avaient écrit douze ansauparavant pour recommander à ceuxqui viendraient après eux, de se méfierde la perfidie des insulaires.
Mais il y a mieux : la chroniquefrançaise cite à plusieurs reprises la ,carte nautique de ces parages, soit à 1propos de la distance du cap de Buge- 'der au fleuve de l’Or, soit à proposéel’île de Palme, « plus grande qu’elle ;b ne se monstre en la carte. » Or, nousavons en effet cette carte ou ses ana-logues , qui, dès 1351, nous offrentun tracé exact des Canaries , précisé-ment avec les noms qu’elles portentencore aujourd’hui ; sauf Ténérife ,qui a repris son nom indigène au lie»de celui d’ile de l’Enfer , que son vol-1can lui avait fait donner par les décou-1vreurs européens . f
Aucune trace des Portugais ne se ;laisse apercevoir dans cet espace deplus de quatre-vingts années avantl’expédition de Gil Eannes; mais re-montons un peu plus haut : nousvoyons en 1344 Louis d’Espagne ,arriere-petit-fiis d’Alphonse le Sage etde saint Louis, recevoir à Avignon ,du pape Clément VI , l'investiture desîles Canaries a titre de principauté hé-réditaire, et le saint-père écrire aux rots
de France , de Sicile , d’Aragon, de Cas-tille, de Portugal , au dauphin de Vien-nois, et au doge de Gênes , pour leurrecommander de prêter au nouveausouverain l’appfti de leurs finances etde leurs forces navales. La réponsed’Alphonse IV de Portugal , datée du12 février 1345, contient ce passageremarquable : « Considérant que ces
« îles nous sont plus voisines qu’à atteon
a autre prince, et qu’elles pourrai»
« être plus convenablement subjuguée