il
désespéré. 11 me serra la main, et, se retournant ducôté de l’occident, il me montra l’horizon derrièrelequel est cachée la France , en poussant un profondsoupir.
« J’avais fait des rêves de fou ! me dit-il ; chaque jour« m’a apporté une déception. J’ai presque renoncé à« l’espérance. Notre pays se perd. Il n’y a ici ni roi, ni« peuple, ni gouvernement. Le roi est un étranger sans« amour pour le pays. Le peuple est une tourbe de« paresseux écervelés et bavards. Le gouvernement« n’est pas national. Les questions de ministère se ré-« duisent a savoir si ce sera l’élément français , russe« ou anglais qui dominera. Et c’est pour arriver a de« pareils résultats que mon père et mes deux frères se« sont fait tuer pendant la guerre de l’Indépendance! »
Et le noble jeune homme levait au ciel ses yeux rem-plis de larmes.
« Adieu, me dit-il, je ne puis songer il cela sans« succomber a d’indignes faiblesses. Je n’ai pas le droit« de désespérer de l’avenir de mon pays. »
II me quitta brusquement pour continuer sa prome-nade solitaire sur la grevé.
H s'en allait en pleurant le long de la mer reten-tissante.