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voirs d’où partent les eaux pour aller remplir lesaqueducs de Péra. On les appelle en langue turque :bends (réservoirs) ; mais par une heureuse corruptionde langage, ils ont pris dans la langue franque le nomde bains de Diane. Nulle part, en effet, la sévère déessen’aurait pu rencontrer une retraite plus mystérieusepour livrer son beau corps aux caresses de l’eau, aprèsles fatigues d’une longue chasse.
Dans un des carrefours de la forêt, se cache le petitvillage de lîelgrade, où les riches Francs ont leursmaisons de chasse. C’est la aussi que les femmes vien-nent au printemps jouir du calme des bois.
En retournant aux Faux-Douces par les hauteurs,on aperçoit, par des échappées, le Bosphore et la MerNoir.
Un jour que nous revenions d’une de ces excursions,couchés dans notre barque, et nous laissant aller auximpressions d’une soirée parfumée du mois de mai,nous descendions la rivière au moment où tout rentraitdéjà sous la puissance de l’ombre et de la solitude.Nous fûmes surpris de voir venir a nous plusieursombres noires. Nous limes arrêter les rameurs, et nousvimes aux vagues lueurs du crépuscule plusieurs caïkss’arrêter dans une anse du rivage. Des Turcs en des-