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D'Athènes à Baalbek (1844) / par Charles Reynaud
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BROUSSA

brume, pareils a des banderoles grises, se teignaientde rose et de violet. Tout séveillait dans la ville; lescaïks glissaient depuis longtemps sur le port; un coupde canon retentit au fond de la Corne-d'Or; le pavillonrouge, au croissant blanc, monta a la cime du vaisseauamiral, et des voix aiguës chantèrent du haut des mi-narets une psalmodie triste et grave. Cétait lheurefixée pour le départ.

Pendant cpie nous étions perdus dans la contempla-tion du ravissant spectacle que formaient autour denous les trois villes étagées de Péra , de Stamboul et deScutari , le soleil sétait élevé sur lhorizon. Il était déjàtrès-haut ; le pont sétait couvert de passagers ; de toutesparts sélevaient de longues spirales de fumée bleue ;tout le bateau fumait, sauf la cheminée ; limpatiencecommença à nous prendre. Ce retard dérangeait tousnos plans. Mais tout autour de nous les yeux rencon-traient un spectacle qui, pour être moins grandiose quele premier, ne manquait pas dintérêt pour des genshabitués aux façons dagir des Occidentaux . Les Turcsne voyagent point comme nous. Nuit et jour ils restentsur le pont ; ils 11e mangent jamais que les provisionsquils ont emportées, en sorte quils traînent a leur suiteun attirail effrayant de matelas et dustensiles de cui-